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Pourquoi ne pas dévoiler la création, le long travail de l'ombre, avec ses interrogations, ses confrontations et ses confor- tations ?
Mercredi 5 décembre 2007


Pour ce qui est du non de     je ne peux que te répondre par ces mots de Pierre Garnier. « Vous écrivez une poésie uniquement basée sur les nerfs. » Ce qui est une très belle façon de dire la chose et je me dis donc que la vision qu'a le […] doit être celle d'une poésie (contemporaine) que j'appelle classique, basée de prime abord sur une façon bien littéraire de parler, ce que je m'emploie tu le sais entièrement, à éviter ! C'est aussi cela que j'appelle le cri : une poésie, une littérature uniquement basée sur l'émotion et en aucun cas sur la seule poéticité démontrée et mise en œuvre, pour son écriture. De là mon rejet quasi général de l'ultra contemporain ([…] et tous les autres), bien que les deux se rejoignent parfois ce qui signifie donc que je ne rejette absolument pas le modernisme mais seulement le modernisme pour le modernisme.

 

Alain

par Alain Marc publié dans : correspondanSes
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Lundi 27 août 2007

Long silence entre nous. Mais peut-être nécessaire. Pour mieux repartir ?

Il était que je ne pouvais vraiment pas, plus, continuer : ne trouvais plus de sens à quasiment, plus grand chose, le monde extérieur tu sais surtout, et cela en faisait, partie. Je n'arrive plus, pour ce qui est de mes, et moi, à écrire, depuis la fin du mois de mai. Mais je sais que ce n'est pas grave, que c'était nécessaire que je quitte ma solitude, voulue sûrement quelque part au plus profond. Alors je contacte extérieur

Alain

par Alain Marc publié dans : correspondanSes
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Mercredi 30 mai 2007

Florence

Tu me demandais dans ta lettre du 21 si j’avais renoncé à écrire de nouvelles choses, à continuer d’accumuler de nouveaux matériaux. Oui, Florence, j’y ai renoncé, à part quelques notes par ci par là mais en si petit nombre, au rythme d’une par mois environ et pas plus. J’y ai renoncé temporairement, afin de pouvoir finir tous mes écrits dans un premier temps, de tenter d’en publier de nouveaux dans un deuxième temps — et il est vrai par voie de conséquence, que le papier que j’avais toujours pour habitude de disposer bien à l’évidence près de mon lit afin d’y noter ce qui me venait fréquemment juste avant de m’endormir, reste dorénavant désespérément vide le lendemain matin…

Par contre ce qui est nouveau pour moi est le fait que je me sois attelé, dans l’optique de deux écrits, à des écrits, sans “forme” encore arrivée. Ces deux écrits, cette émergence, de ce recueil de nouvelles “psy“, plus proche du récit, comme de ce deuxième tome que je projette depuis si longtemps également, sur le cri, sont des écrits sans forme puisque tout y est encore épars, par phrases et autres bouts, avec sur des projets qui ne sont pas destinés à devenir carnets ou “essais-par-fragments”, c’est-à-dire constitués quasi exclusivement de notes. Et cela est nouveau pour moi, car cela ne m’est pas arrivé depuis 1995-1997 date de la rédaction définitive d’Écrire le cri (les formes du regard halluciné et de la poésie non hallucinée étaient présentes et ont été créées bien avant). Car j’ai réalisé et suis maintenant totalement persuadé, même si j’ai d’abord combattu cette idée notamment dans mon chapitre « Contre la forme » d’Écrire le cri, que tout bon écrit ne peut être, existé, que par la rencontre d’un sens et d’une forme, étroitement imbriqués, l’une, venant de l’autre et vice versa. C’est pour cela que je vis cette phase comme étant à nouveau vierge devant la page qui se trouve devant moi. Et ce fut avec une grande joie que je découvris subitement, petit à petit et subitement, la forme de ces “nouvelles“ naître quasiment devant mes yeux, totalement nouvelle, neuve, totalement issue du sens que j’avais devant moi et que je projetais silencieusement pour ce projet.

Forme, qui est là pour ce deuxième tome d’Écrire le cri, car je compte bien “réutiliser” la même qui a largement démontré sa grande force, mais où paradoxalement je peine à, à nouveau, entrer dans le contenu que je projetais pour cet écrit (il me manque peut-être une raison pour écrire, me lancer plonger à fond dans, l’écriture de ce deuxième tome, comme il y en eut une pour le premier tome, en arrière fond, qui tournait autour de la censure de mes écrits de création, mes poèmes à dire et à crier). Car je ne te cacherais pas que j’ai de moins en moins d’énergie, que je suis bien souvent maintenant au bord, de la rupture : hier encore, je n’ai pu absolument rien faire, suis resté complètement bloqué, sur toutes les tentatives d’écrits que je tentais. Je pense commencer à atteindre la limite de ma propre décision d’écrire en autiste, seul, sans me soucier le moindre du monde de quelque publication que ce soit ! Car oui je te l’ai dit, compte comptais, cela était la deuxième phase que j’avais pro- jetée, d’entamer une nouvelle phase de contacts d’un an ou deux

Voilà où j’en suis, Florence aujourd’hui, point qui me donne l’occasion de soulever peut-être, quelques points… En profite pour te signaler la mise en ligne d’un début d’article  

Alain

par Alain Marc publié dans : correspondanSes
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Lundi 21 mai 2007

Merci de cette grande lettre et surtout de tout ce qu'elle contient, de tellement fort [...] que tu continues envers et contre tout [...] le moteur de ton existence est ce travail, cette écriture [...] la première étape franchie, c'est déjà une magnifique victoire et maintenant ces reprises encore, dans ce domaine difficile des "expériences" de quelque nature qu'elles soient, c'est très important

Oui tous les éditeurs sont à bout de souffle, tous ceux qui portent les textes dont nous avons besoin, alors que fleurissent les livres, sont-ce encore des livres (même dilemme avec musique et musique), inutiles, jetables, comme les stylos, les rasoirs, les mouchoirs. Tiens ça m'étonne même qu'on n'ait pas encore inventé le concept, le livre jetable. Donc les livres, les vrais livres, ceux qui nous font vivre, ceux de littérature dont Hélène Cixous dit que c'est un monde qu'elle habite car elle ne peut habiter le monde dit normal [...]. Nous devons inventer de nouveaux moyens, de diffuser, de faire connaître ce que nous faisons, notre résistance à l'air du temps, à la marchandisation de toutes choses, y compris celles qui ne devraient pas du tout s'y prêter. Poezibao a aussi ce sens-là.

 

 

Florence

par Florence Trocmé publié dans : correspondanSes
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Dimanche 20 mai 2007

Oui, en ce moment, j'écris écris écris. (J'ai tardé à t'écrire : ne m'en veux pas. Je t'ai dit que je voulais être « dedans », et c'est vrai qu'a ce moment là c’était vraiment un de mes problèmes, et l'ai d'ailleurs toujours...)

Tu le sais, j'ai entrepris de tout écrire, de ce que j'avais en tête, et programmé d'écrire. Et cela avance bien. J'ai premièrement poursuivi mon travail sur tous mes "poèmes à dire, à crier et à murmurer" : il y a encore quelques faiblesses, notamment, car seul, me sentant toujours aussi seul, je n'arrivais plus à, écrire... Et surtout, à me remettre, me replonger plus en profondeur, dans le travail des derniers "poèmes à dire, à crier et à murmurer". Par contre, je suis content d'avoir passé un cap : j'ai en effet ressenti le désir de tout intégrer d'une même manière, et homogénéiser tout l'ensemble de ce "grand cycle de la vie", comme je te l'ai déjà annoncé sous ce nom. Il n'y a plus, du coup, de "hors cycle", ce qui augmente la compréhension, le premier saisissement de l'ensemble du corpus qui comprend 1800 pages au total.

Puis ensuite, il y eut l'angoisse : qu'allais-je, sur quoi, allais-je bien pouvoir travailler maintenant ? Et de suivre, reprendre, le programme que je me suis fixé, et de commencer par, mes recueils de nouvelles... Plusieurs mises au point, et surtout, depuis peut-être maintenant, les ponts fériés ralentissant, trois semaines, ne fais plus que travailler tous les jours, sur un même projet, à savoir, un recueil de nouvelles "psy", sur, à partir de, mon propre   , en fait, des premiers débuts. Et cela est dur, et cela est angoissant aussi, surtout, de ne pas savoir si j'irai au bout ou non, si cela sera bon, long, à reprendre ou non, et pour finir, à ou non et pour toujours, conserver... J'ai en fait entamer, avec ce projet, la première de mes vraies écritures, celles où il n'y a plus rien de vraiment écrit, avec le projet qui vient après du deuxième tome, d'Écrire le cri.

Alors je dois te dire que je n'arrivais plus à écrire, comme à, téléphoner ou autre, comme, je te l'avoue, même à toi, me réfugiant me murant dans un "à quoi bon ?", comme je le fais depuis maintenant plus de deux ans avec Noël, Venaille, Laâbi, Garnier ou autre et surtout, les éditeurs et autres possibilités de nouvelles revues. [...] Mais c'est peut-être à ce prix, qu'à, ce prix, que je peux réellement, continuer. Dans, la solitude, face à ce monde inepte, dont je ne trouve pas, la clef.

Je voulais néanmoins te dire, que j'ai fortement pensé et cela m'apporte un réel bonheur, et ressenti, que tu t'étais approchée parfois, avec moi, de quelqu'un comme Lou-Andréa Salomé. Je le lâche ! Mais oui, ton aide, et même encore plus si je te, rejette, parfois un peu, et même peut-être plus si, m'est précieuse. Pourquoi ? Je t'avoue que je n'en comprends encore, et loin s'en faut, tous les tenants et, aboutissants. De là peut-être aussi, l'intérêt pour moi, d'écrire ce recueil de "nouvelles" "psy", tel que je m'attelle et me force à poursuivre, aujourd'hui.

Et comme avec mes projets de publication, extrêmement pauvres en ce moment, en rade, et plus particulièrement avec mon petit essai sur   où   m'apporte beaucoup en étant la première à me montrer vraiment son attachement à ce petit essai, et grâce à toi. Le hic étant [...] avec un autre éditeur ou librairie qu'évidemment, ai les plus grandes peines à trouver (surtout que je mets bien un mois avant d'avoir à nouveau l'envie, de tenter, une autre porte, qui s'avère toujours sans succès d'ailleurs. Sans commentaire.

Je suis heureux Florence, d'avoir réussi tant bien que mal, à te rédiger aujourd'hui cette lettre : tu le mérites Grandement.

Je terminerai en te disant que

j'ai fortement envie de t'envoyer prochainement, le CD complet de tous mes écrits, pour toi et aussi comme moyen d'archive et de témoin (qu'en penses-tu ?), si toutefois tu acceptais, bien sûr

 

                                                               Alain

 

par Alain Marc publié dans : correspondanSes
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Vendredi 13 avril 2007

merci beaucoup pour ces     Alain et pour tout le travail de montage.
En réponse à tout ce que tu me disais hier, si important, si     aussi, je t'envoie, un peu comme une sorte de cadeau, ce texte de Pierre Bergounioux :

« ... l'invention porte à plein sur la chose. Ce qu'elle ajoute à l'ordre, ou au désordre, du monde, c'est de la pensée [...] Mais cette pensée, qui n'est que de nous, va modifier notre rapport à ce qui ne l'est point, nous permettre de changer, à notre avantage, notre insertion dans le monde, donc, si peu que ce puisse être, le monde. Celui-ci, bien sûr, souffre impatiemment pareilles audaces. Au risque d'erreur, qui est strictement intellectuel, s'ajoute celui, psychologique, qu'on court à s'écarter du sens commun. Si je ne découvre pas, dans le regard d'un tiers, le reflet de l'objet que j'ai sous les yeux, il y a une chance sur deux pour ce soit lui l'aveugle, l'idiot. Mais si la communauté ne voit pas ce qui occupe mes sens et mon esprit, si elle valorises des choses que je tiens pour inexistantes, quel doute ne fait-elle pas peser sur mes doutes, mon jugement, mon être ? Il faut, soit s'en retourner, vaincu, dans l'inconfortable giron de la croyance collective, soit redoubler de zèle, s'assurer, par des vérifications serrées, systématiques, qu'on est justifié de marcher solitaire par des routes ignorées. »

Pierre Bergounioux, Où est le passé, entretien avec Michel Gribinski, Éditions de l'Oliver, « Penser / rêver », 2007, p. 28.


Dès que j'ai lu ces mots, dan ce petit opuscule très intéressant sur la démarche de Bergounioux, j'ai pensé à toi.

 ... ta recherche, qu'à certains égards je sentirais plus proche de celle d'un Bergounioux, explorer quoi qu'il en coûte, un pan de notre réalité, envers et contre tout et tous s'il le faut.

  

Florence

par Florence Trocmé publié dans : correspondanSes
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Mercredi 14 mars 2007

Florence,

j'ai emprunté ... de Morton Feldman et J'...A...D...O...R...E..., vraiment. Écoutais encore ce midi un morceau : un premier que je trouvais déjà superbe avec cette petite voie cordes qui s'élève très finement et ondule dans l'air, et ce deuxième, qui donne son titre au CD : Coptic Light, que j'ai dégusté me transportant totalement. Ressenti : l'obsession, et la folie.

Merci

Alain

par Alain Marc publié dans : correspondanSes
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Mardi 27 février 2007

Florence

, juste pour te dire ceci : [...] ré- cension — pour moi ce mot jouait du fameux mécanisme que je tente de circonscrire avec mes regards hallucinés, mais dans l'autre sens, [...] Journalistique, car c'est dans ce cercle que je l'ai souvent rencontré, et remarqué, cette façon bien pauvre d'utiliser le langage, et sa parole.

Alain

par Alain Marc publié dans : correspondanSes
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Samedi 24 février 2007

Alain,

deux choses, j'aimerais que tu me précises cette histoire de mots, de journa-listique, etc.

Que fais-tu de ton texte, que fais-tu à ton texte pour le dépouiller, vient-il nu, puisque tu le veux nu, sans apprêt, sans beauté même ? Ou le réduis-tu petit à petit jusqu'à la nudité ?

Je t'ai donc répondu sur recension, en effet. [...] mais ce que tu pointes, c'est l'usage envahissant, soudain, de ce mot. Il fait chic ?

Par ailleurs, il implique

D'où vient-il alors que pour le texte nous ne prenions pas ces précautions.

Florence

par Florence Trocmé publié dans : correspondanSes
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Jeudi 8 février 2007


Et en plus Alain ton article est magnifique, j'ai adoré cette comparaison entre Merleau-Ponty et Bernard Noël. J'ai noté en marge pour ma : très belle confrontation parce que non pas juxtaposition mais croisement, dans le sens entrelacement des deux, ce qui veut dire non pas une "dissert" avec le point de vue de l'un, celui de l'autre et la synthèse mais une sorte de tresse des deux que j'ai vraiment beaucoup aimée.
Il ne t'aura sans doute pas échappé que Poezibao compte un nouvel espace ? Il me semble que cet espace pourrait accueillir de temps à autre     Qu'en penses-tu ? J'adore le papier d'Ariane Dreyfus,
Florence

 

par Florence Trocmé publié dans : correspondanSes
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Alain MARC
Florence TROCMÉ

 

Publier progressivement en anti-datant à leur jour d’écriture les lettres que nous jugeons significatives. Retoucher, supprimer si.  Se donner le droit mutuel de retravailler chacun son texte. Publier également la toute dernière correspondance en temps réel. Montrer ce que peut être une
correspondence in progress
  

  

Pour profiter pleinement de l'échange le mieux est peut-être encore de sélectionner
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de se positionner à la fin et de lire "à l'envers"

  

       

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