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Pourquoi ne pas dévoiler la création, le long travail de l'ombre, avec ses interrogations, ses confrontations et ses confor- tations ?
Jeudi 13 décembre 2007


Pour te répondre [« tu ébauches cette réflexion dans ta lettre, je pense que tu peux aller plus loin »], je vais déjà effectuer une première distinction, entre mauvais, et “bon” poème, mauvaise et “bonne” poésie.
 

Je prends un poème au hasard, lu sur Internet il n’y a pas longtemps…, et commence à lire :

- mais où est-on parti ?

- Je poursuis ma lecture : pas bon, pas bon…

- Meschonnic aurait tant à dire sur ce « de ta » et le mauvais surréalisme, où sa pâle imitation, qui sévit encore aujourd’hui chez tant de poètes donc, amateurs…

- Toujours ce « de ton »

- Trois : rien que trois soi-disant vers qui se succèdent sans être autre chose que des bouts de phrase, simplement mis à la ligne…

- En conclusion : partout les mêmes remarques : il n’y a pas de rythme, rien, rien qui raccroche, absolument rien, une simple suite de bouts de phrases…

 

Maintenant avec un bon poème :

- C’est beau : vers après vers on ne s’ennuie jamais, rien n’est en trop.

 

Mais je pose maintenant une question : quand on lit ce poème, ou, ce genre de poème, entend-t-on une voix ? En d’autres termes y découvre-t-on une spécificité qui permettrait aussitôt d’en identifier son auteur ? Je ne sais plus qui a dit que bien souvent lorsqu’on passait d’un poète à l’autre, dans la lecture d’une anthologie (il me semble que c’est Franck Venaille), on ne pouvait pas toujours faire la distinction, la reconnaissance, entre le poète qui précède et celui qui lui succède. Ce qui tendrait à séparer les grands des poètes moins grands, ou méritants (seul la postérité), mais aussi à dire qu’il existe bien souvent une poésie formatée, pré, formatée (qui bien souvent est perçue comme de la “bonne” poésie…), ce que l’on attend ou les éditeurs et revuistes, lorsque l’on parle de poésie contemporaine. Jacques Ancet dit un peu la même chose, lorsqu’il parle de devoir pour tout bon écrivain, de changer tout en restant le même, tout en gardant sa voix, la même, voix, de livre, en livre.

 

Je fais donc primauté du sens sur la forme, sur le travail formel bien que je l’emploie aussi évidemment, mais dans un tout autre but. C’est pour cela que j’ai développé cette idée dans Écrire le cri, d’une poésie et d’une écriture contemporaine du dit.

 

Pour qu’une idée (je vais employer le terme dans le sens particulier en usage chez les grecs), soit bonne, elle doit être vraie, poussée par une vérité la plus profonde en un mot, elle doit être, justement, profonde. Et cela se SENT (pourquoi a-t-on tant de mal, en Occident, à faire confiance à ses seuls sens ?).

 

Il y a aussi l’idée de produire, fabriquer, une poésie avec les seules armes du langage le plus ordinaire, simple, possible.

 

Alors cela déstabilise : si on ne retrouve plus les standards d’usage, une poétique à l’œuvre, on rejette aussitôt et on dit, que. « Nous n’avons pas été sensibles à votre poésie. » Trois points de suspension ! Qui est une manière courtoise de dire : c’est de la merde, il n’y a pas de travail poétique ! “Travail”, comme si je ne travaillais pas mes poèmes ! (C’est, bien au contraire, bien plus difficile de travailler, un poème, sans avoir dans sa boîte les seuls outils de la technique, qu’avec le seul primat du sens : cassures, coupures, montées de voix et bien d’autres. C’est-à-dire, le choc du sens, sa seule coulée, la seule vie en poème) Et c’est peut-être ce mot, de VIE, qui est ici important. Tu sais que je prône la pulsion (voir là encore Écrire le cri). Alors ma conclusion, car il faut toujours conclure et la rapidité d’un propos, sa concision, est toujours un gage de réussite, sera basée sur ce terme de pulsion : si la pulsion est bonne, la plus proche de sa, la, vérité intime, alors le poème sera bon, pour peu que l’on sache un tout petit peu le diriger, l’or, ganiser.

 

Alors tu vois, Florence, pour moi les seuls nerfs, une poésie basée sur les seuls nerfs, comme le dit si bien Garnier, c’est un peu cela.

(Et à propos : connais-tu la très belle poésie linéaire de Pierre Garnier ? Par exemple, son Immaculée conception ? Elle est pleine de technique, mais qui ne se voit absolument pas. Elle est, silencieuse, et ne laisse apparaître, que les mots, purs… — Ça aussi, la poésie pure, est un concept qui a déjà été parcouru, notamment par plusieurs poètes et “mouvements”. Et comme par hasard, il n’est aujourd’hui absolument pas suivi par le “milieu”, alors que c’est un, TRÈS GRAND).

 

Alain

 

Par Alain Marc - Publié dans : correspondanSes
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