Marcher solitaire par des routes ignorées

Publié le par Florence Trocmé

merci beaucoup pour ces     Alain et pour tout le travail de montage.
En réponse à tout ce que tu me disais hier, si important, si     aussi, je t'envoie, un peu comme une sorte de cadeau, ce texte de Pierre Bergounioux :

« ... l'invention porte à plein sur la chose. Ce qu'elle ajoute à l'ordre, ou au désordre, du monde, c'est de la pensée [...] Mais cette pensée, qui n'est que de nous, va modifier notre rapport à ce qui ne l'est point, nous permettre de changer, à notre avantage, notre insertion dans le monde, donc, si peu que ce puisse être, le monde. Celui-ci, bien sûr, souffre impatiemment pareilles audaces. Au risque d'erreur, qui est strictement intellectuel, s'ajoute celui, psychologique, qu'on court à s'écarter du sens commun. Si je ne découvre pas, dans le regard d'un tiers, le reflet de l'objet que j'ai sous les yeux, il y a une chance sur deux pour ce soit lui l'aveugle, l'idiot. Mais si la communauté ne voit pas ce qui occupe mes sens et mon esprit, si elle valorises des choses que je tiens pour inexistantes, quel doute ne fait-elle pas peser sur mes doutes, mon jugement, mon être ? Il faut, soit s'en retourner, vaincu, dans l'inconfortable giron de la croyance collective, soit redoubler de zèle, s'assurer, par des vérifications serrées, systématiques, qu'on est justifié de marcher solitaire par des routes ignorées. »

Pierre Bergounioux, Où est le passé, entretien avec Michel Gribinski, Éditions de l'Oliver, « Penser / rêver », 2007, p. 28.


Dès que j'ai lu ces mots, dan ce petit opuscule très intéressant sur la démarche de Bergounioux, j'ai pensé à toi.

 ... ta recherche, qu'à certains égards je sentirais plus proche de celle d'un Bergounioux, explorer quoi qu'il en coûte, un pan de notre réalité, envers et contre tout et tous s'il le faut.

  

Florence

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