Correspondance suite

Publié le par Alain Marc

ma dernière correspondance Florence, m'a donné envie de reprendre la nôtre. Vous voyez, Florence, ce qui est difficile n'est pas tant, mais bien de l'écrire, dans un flot continu et ressenti sur un présent, de lier sa pensée ses pensées, accumulées et non passées à l'acte de l'écriture, dans sa moulinette. Donc d'arriver à être suffisamment prêt pour les exprimer les décupler même, sur le moment d'un geste. Quand le déclic le passage, justement, au geste, que le besoin en a été si fort, qu'il a eu lieu, qu'il a lieu, qu'il se déroule soudain. C'est la raison pour laquelle je n'aime pas entrecouper et mêler les actes, et que je suis presque tenté parfois, de refuser carrément toutes les sollicitations du monde extérieur. Je sais depuis longtemps que je ne peux pas écrire un jour et contacter, une revue, un éditeur, le lendemain, et réécrire à nouveau le lendemain. C'est aussi cette incapacité de ma part qui explique l'énorme espace de temps qui s'accumule entre la date de la fin de l'écriture d'un livre, et celle de sa publication. J'ai passé parfois plus d'un an à ne me consacrer qu'à la recherche d'une solution pour arriver à la publication. Le journal et la note, le carnet, était alors pour moi le seul canal par lequel je continuais tout de même à écrire un peu. Ce qui excluait totalement tout travail en profondeur sur un projet d'écriture. Puis, j'ai décidé d'interrompre un beau jour la rédaction de mon journal (qui est d'ailleurs totalement à revoir avant toute présentation à quiconque). Et c'est là que j'aime énormément votre idée du sablier, et de son étranglement où je me trouverais en ce moment même. Car après l'étranglement, le passage (qui ressemble fort au conduit vaginale à franchir avant la venue au monde), il y a l'élargissement, la pleine sortie continue du flux et de la vie, de l'écriture et de la vie. 

Mais je reviens à vos questions, et aux réponses qui ont germé et cherché leurs mots depuis si longtemps maintenant. Je vais et veux en effet maintenant tenter de les trouver. Je commence par votre question sur la musique. Oui, la musique est importante pour moi. Oui, j'en écoute en ai écouté beaucoup. De tous les styles sauf le rap, que je ne supporte pas, et donc du classique, de la musique contemporaine, expérimentale, électronique ("comme" Bernard Heidseick), du rock, de la musique progressive (ma grande passion sur ce mouvement musical terminé aujourd'hui), du jazz-rock, du free jazz, de la chanson, rock, française, internationale, du blues (depuis peu, par un ami) et ce qui unit mes amours est fort simple : l'émotion (forte souvent), et "l'âme". On peut trouver cela dans toutes les musiques.

 

C'est pour cette raison, la recherche de l'émotion forte, du partage de mon état souffrant, à la communion de l'autre, à sa propre souffrance, du musicien ou du compositeur, exprimée avec tant de force et de beauté, que j'aime plus particulièrement par exemple dans la musique classique les compositeurs de l'est.

 

Voilà ce que je recherche dans la musique (et dans tous les autres arts). Mais pour aborder un autre point, je peux dire et dévoiler que j'ai souvent (surtout au début moins maintenant), écrit, retravaillé, surtout mes poèmes à dire et à sous l'écoute continue d'une musique, rock le plus souvent. Je peux dire aussi que j'ai parfois cherché à reproduire dans mes cassures de vers, les syncopes d'un chanteur comme David Byrne (Talking heads), que j'aimais beaucoup les chanteurs qui utilisaient leur voix et leur chant, comme un véritable instrument de musique, qui conduisait la mélodie des autres musiciens, qui était l'élément moteur des morceaux du groupe. Cela a à voir avec la symphonie, avec la mélodie, les brusques montées, dans l'aigu et descentes dans le grave.

 

Tout, dans mon écriture, est oral, et prêt de l'oreille. Je vous ai dit je crois lors de notre entretien du premier juillet, que l'utilisation de mes majuscules avait leur unique raison d'être dans la prononciation orale, que la page, que le texte imprimé, était une partition de musique (ce que n'a pas compris par exemple JMP […] les vers qui étaient tous en majuscules...). Oui, le but final, est la lecture orale. Ou tout du moins, l'entente de la musique conduite par la brusque montée en voix, ou simplement l'appui du début d'une syllabe par sa consonne (ou la voyelle entre...), la voix plus forte sur, lorsque que l'on lit le texte simplement en lecture silencieuse, que cette oralité que cette voix, s'entende lorsque le lecteur lit le texte. Que le texte ne soit pas un objet intellectuel, mais Vivant. Tout est oral, dans ma pratique de l'écriture, et donc prêt du corps, du pulsionnel. C'est aussi pour cette raison, que je me suis mis, aujourd'hui, à casser, couper les mots.

 

Pour ce qui est de Gomringer : cela va aller vite. Oui, je connais Gomringer. Grâce à Pierre Garnier qui m'a fait le grand plaisir de m'envoyer plusieurs livres, dont un essai en allemand sur la poésie spatiale où j'ai pu tirer quelques passages de la démarche de Gomringer en français. Mais j'ai ceci a en dire : je me méfie des pointes, des bribes de théories, qui parfois, unitairement et prises isolément, pourraient s'avérer communes. Une théorie est un ensemble, un ensemble subtil et complexe, un savant dosage de multiples composantes sensibles. Une œuvre, une vision, est une œuvre particulière, même si une partie des dires peut à un moment rencontrer une partie d'un autre dire, et vision, qui prise dans son ensemble s’avérera fort différente, voire, en totale opposition. Que de malentendus, par exemple, sur mon cri, bien trop souvent pris dans son sens premier, primaire. Que je me dois depuis tant de temps maintenant encore relever auprès de Pierre Garnier. Mais c'est une autre histoire. J'avais aussi noter que je devais vous répondre sur la censure, mais je ne sais plus aujourd'hui, pourquoi, à quel passage d'une de vos lettres cela correspondait. Je sais que je me suis un tout petit peu exprimé sur ce sujet il y a peu, lorsque je vous ai dévoilé cette altercation suite à. Nos correspondances futures se chargerons bien d'y revenir, si on doit y revenir.

 

Je terminerai, sur quelques points "off". Votre photo de ce point lumineux sous la lune m'intéresse — quelle perspicacité, et attention, vous faîtes preuve ! Alors envoyez-moi cette photo (je crois ne pas m'y connaître plus que vous en astronomie mais la beauté et le mystère que vous m'entrouvrez suscite mon envie d'en "savoir" plus). J'en profite pour vous dire que vous pouvez m'envoyer sans me demander tout ce que vous voulez, par courrier postal aussi. Votre multiple intérêt à tout ce qui vous entoure et au moindre article qui peut tomber entre vos mains me stimule. Sur ma difficulté présente de Lire : je voulais tout simplement dire que je n'arrive plus à lire un livre de bout en bout, à me lancer profondément dans une lecture longue, que je ne fais plus, n'arrive plus, qu'à piquer, à droite et à gauche, pour passer le lendemain à autre chose, ne plus arriver à poursuivre et à aller au bout. Mais cela a sûrement aussi à voir avec l'état qui est le mien depuis maintenant un an ou deux, bien que cette difficulté en soit antérieure. J'observe, mais en aucun cas, ne me force à quoi que ce soit (et je repense au sablier...).

 

J'arrête là pour aujourd'hui, votre soutien m'est plus que précieux. Je vais me remettre à écrire, et dois vous envoyer plusieurs textes.

 

à bientôt, Alain

 

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Publié dans correspondanSes

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