M'est venu de nuit et vaut rêve 2
— j'avais prévu de vous écrire cette lettre hier, mais ai pris quelque retard... — Oui, Florence, le GAZ, est un élément commun. Je n'y avais jamais pensé (pourquoi donc ai-je éliminé aussi vite votre question du cri et de Je SAIS, que je voudrais écrire sur l'hôpital psychiatrique de. Je SAIS que je voudrais écrire sur ce petit jardin, où je me promenais, parfois seul, parfois accompagné de ma — je suis passé il y a une semaine, un soir de nuit, devant l'entrée et ai aimé, revoir se rematérialiser aussitôt ce souvenir dans ma tête, Oui, c'est par cette porte que je rentrais... (et ces barreaux aux fenêtres...) Et ai par contre pensé au pourquoi de mon attirance, et séduction, pour ces statues horribles en général, cliché de cliché, qui reproduisent si mal les Vénus grecques — ou latines... (Parce qu'elles sont NUES, et belles, Nymphettes et pures, parce qu'elles sont justement, dans le cliché... j'en voudrais et en aurais toujours voulues, dans mon jardin... Plus elles sont issues du cliché plus elles sont reproduction, copie, mal faites, et plus j'en voudrais, les voudrais... — de là à aimer le sale, le mauvais goût, le. Mais pourtant Non, ou alors tellement enfoui dans mon inconscient...) Oui, également vous voyez juste, beaucoup de poésies de Sylvia Plath relèvent de la poésie du cri, et sont vraiment formidables. Et cela m'amène à parler des femmes et du cri. La question n'est pas tant le peu de présence ou de capacité des femmes à écrire du cri, mais bien plutôt le peu de représentativité et dans la littérature, qui est une conséquence du peu de représentativité, et considération, dans nos sociétés occidentales. Je pense (c'est dans ce cadre là que je vous avais soumis Menna Elfyn, qui ne relève pas du tout du cri mais dont je garde un très bon souvenir de plusieurs de ses poésies - l'envoi que j'ai demandé est un service de presse de la part de Ffwl, donc aucun soucis de finances). Écrire le cri en relève cependant plusieurs cas, et non des moindres. Je repense soudainement au très beau livre d'une poétesse actuelle assez peu connue que j'ai rencontrée lors d'une lecture d'Hubert Haddad à Paris lorsque je me déplaçais encore pour ce genre de choses (et avec les "espoirs" qui étaient les miens à cette époque) — où elle me parla d'ailleurs fort et très bien des traductions de Maïakovski (était-ce déjà celles d'Armand Robin ?). Il s'agit de Yaël Cange, et de son Grand livre de poésie (très proche d'Artaud) Stridences, paru chez Dumerchez en 1993 (j'ai d'ailleurs publié, à l'époque, un article à son sujet dans une "petite" revue de poésie). Mais je poursuis, en reprenant la bibliographie d'Écrire le cri. Pour constater avec vous qu'à part Joyce Mansour, à qui je consacre quand même la "part du lion", je n'ai relevé aucune autre "poétesse". J'ai néanmoins relevé, dans le domaine du récit ou du roman, noir ou non, la grande romancière algérienne Assia Djebar, Virginie Despentes, Nina Bouraoui, et Lorette Nobécourt. Nous avons déjà parlé de Béatrice Douvre. Je reste toujours réservé à son sujet, tout en reconnaissant avoir lu peu de poésies d'elle. Un livre de Valérie Rouzeau, je crois qu'il s'agit de Pas revoir, paru au Dé bleu en 1999, qui a reçu l'appui du très influent André Velter dans un pages du Monde des livres ce qui propulsa, et le livre et son auteur, serait je pense aussi à regarder. Exemples qui démontre, prouve, que le cri peut aussi être féminin, tout comme le pornographique (je sais que j'avais pensé à effectuer ce parallèle avec l'écriture pornographique au féminin lorsque j'avais lu en première lecture votre présente lettre, et à vous signaler par exemple que je considérais Vous me demandez aussi, me lancez, sur un horizon du cri qui serait inatteignable (et vous avez eu raison de me le rappeler aussi sourdement), qu'il s'agirait là d'une idée qui relevait de l'utopie. Je ne sais si je serai capable de répondre à cette question, si je serai capable d'une quelconque avancée. Je serais tenté de dire dans un premier réflexe, que je considère évidemment qu'écrire le cri est totalement atteignable puisque j'y ai consacré un essai important, et que j'y consacre (et avec quels sacrifices !) toute ma vie. Et je dirais aussi que les œuvres qu'Écrire le cri (comme d'ailleurs Francis Giauque), le confirme tout autant également, et avec force. Mais je prends le temps de me reconfronter à cette question plus profondément, et de relire en détails vos mots (qui sont beaux, je ne le dirais jamais assez...). Ou tout du moins le prendrais, peut-être une autre fois, voulant terminer et vous envoyer cette lettre aujourd'hui (et je commence encore à fatiguer : c'est ma mauvaise heure, 17h-18h, n'arrêtant en général depuis le matin). Alors vite dit, vite répondu (excusez m'en) : . La question de l'individuel et du collectif, la confrontation entre le soi, malade, et le monde : Oui... !!!!! Le cri comme un creux : tiens, comme cela est surprenant de retrouver avec vous, par vous, cette idée qu'un chanteur, qui a créé une chanson magnifique et totem pour moi, m'a émise, et annoncé, que le cri (d'oiseau) qu'il (il se nomme "Philox") y poussait là, au beau milieu, était un cri rentré, un cri qui retournait du gosier vers l'intérieur du corps, et le réécoutant Oui, je n'ai pu que le confirmer (et essayer de le reproduire avec ma propre voix... ce qu'a fait aussi Julien Blaine — un soir aux Mots de minuit ? —, mais en poussées alternées intérieur/extérieur, et pas du registre du cri...). Et je me devais me suis promis de vous donner la nouvelle de ce jour, à savoir que je viens tout à l'heure (vers 16h30) de terminer le Cri de, et en suis vraiment très heureux (du genre cri de joie intérieur, les deux points serrés rentrés sur le corps qui libèrent l'énergie, dans un jet extérieur invisible). Il poursuit un tout petit peu les thèses d'Écrire le cri, à partir de l'art, mais par un tout autre fil, une construction bien différente (des articles que j'appelle de "circonstances", bien souvent d'artistes totalement inconnus mais proches de ma personne). Surtout la thèse du "cri au second degré". Il est petit. Oui, laissons tout le reste de côté. Alain