M'est venu de nuit et vaut rêve 1

Publié le par Florence Trocmé

Bonsoir Alain, après une bonne séance de travail et quelques obligations , me voici enfin un peu plus disponible

 

Je ne sais pas bien par où commencer ou plutôt si mais ce n'est pas facile car d'une certaine façon ce que je vais vous dire peut paraître scandaleux. Mais cela m'est venu de nuit et vaut rêve pour moi. Nouvelle expression, valoir rêve, qui a surgi à plusieurs reprises ces derniers temps pour des bribes venues de nulle part, en tous cas de nulle part de la région consciente clairement consciente et qui soudain s'imposent.

 

 

CHAMBRE À GAZ voilà ce qui vaut rêve. Il m'a semblé tout à coup que vous aviez une origine là, c'est très difficile à expliquer, mais qu'il y avait une analogie par ce que vous […] et ce qui est arrivé aux enfants des juifs déportés : même disparition, même anéantissement par le gaz, même absence irrémédiable irréparable au cœur du cœur et du corps par le gaz...je ne peux guère aller plus loin ni retrouver toute l'évidence de cet équivalent rêve mais c'était une intuition nette et forte. N'est plus un équivalent rêve mais une association au sens strict du mot en revanche, la mort de Sylvia Plath dont l'œuvre je pense doit avoir fortement à voir avec le cri.

 

 

Vous m'avez parlé l’autre jour de ce parti que vous célébriez de donner beaucoup de place aux femmes sur Poezibao. Je le dois à mon amie Marilyn Hacker une rencontre essentielle très forte pour moi pour toutes sortes de raisons mais ce n'est pas de cela que je veux parler maintenant (hors l'exemple il est vrai essentiel et très important par la place que vous lui donnez, de Joyce Mansour) mais de la relative absence des femmes dans l'écriture du cri. Les femmes écrivent-elles peu le cri ou n'avez-vous pas rencontré les œuvres du cri chez les femmes, ce serait sans doute cela ma question.

 

 

Cela aussi, note du Flotoir, il y a un ou deux jours, en vous lisant (des Araignées… au CRI)

 

 

« C'est bien de ça qu'il s'agit, le très profond, le très obscur, le magma, le substrat de l'être individuel/collectif, ce salmigondis de beauté et d'horreur, d'abjection et de grandeur. Ce qu'on ne dira jamais assez, surtout aux enfants et aux jeunes, à quel point l'âme humaine est mêlée, et que pour devenir pleinement humain, il faut à la fois le savoir l'accepter et faire avec cela. Connaître son inhumanité pour ne pas la mettre en œuvre »

 

Parce que là, je crois que nous sommes au centre de votre travail, oui je dis travail, travail au sens de gésine, homme en travail comme on dit une femme en travail, accoucher de cela, naissance nouvelle par delà la blessure terrifiante infligée à la naissance (pas au sens de moment de la naissance mais au sens de acte de naissance, de venir au monde) infligée à son corps défendant bien sûr par celle qui vous a donné naissance.

 

 

Mais écrire le cri, n'est-ce pas vous le savez, c'est une utopie c'est l'horizon inatteignable, peut-être l'horizon inatteignable de toute écriture aujourd'hui après le désastre du temps présent, du XXe, siècle de la prise de conscience planétaire et de l'inhumanité à l'œuvre partout en chacun de nous et collectivement et de la faiblesse des moyens pour la contrer la transformer la transmuer, c'est une sorte de graal, ce qui ne veut pas dire que l'entreprise est vouée à l'échec mais que tentative, oui cela seul est possible, vecteur, direction vers le cri. Le cri comme trou noir de ce que vous cherchez c'est dire le très grand danger de votre entreprise dont vous êtes j'en suis certaine pleinement conscient. Il n'y a pas là tabou mais plutôt totem inversé (pour moi le cri est un creux) dont il est plus que risqué de vouloir s'approcher. Le cri est un gouffre au fond duquel (je le vois comme un puits sonore soudain) surgit en permanence ce magma dont je parlais plus haut salmigondis d'horreur et de beauté.

 

 

Une fois de plus Alain je suis partie dans de bien étranges directions en vous écrivant ;

 

mais je SAIS que vous me suivez quelle que soit la direction que j'emprunte et le mode de transport de même. ALORS, je continue.

 

 

Florence

 

 

 

 

 

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Publié dans correspondanSes

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