Je n'ai pas d'autres réponses que

Publié le par Alain Marc

je n'ai pas d'autres réponses que l'écriture, et ne veux en avoir. L'étalement de l'intime ruine l'écriture, la dévalorise, et l'anéantit à jamais dans le néant de la vie. Ce n'est pas, disant cela, dévaloriser la vie, mais bien plutôt chercher à sauver l'écriture. Chercher à sauver l'écriture du danger qui la guète dès que deux êtres se mettent à parler plus de la vie que de l'écriture, et de la vie directement liée à l'écriture. On ne peut plus du tout avancer quand le questionnement de l'écriture n'est plus du tout présent, on a alors franchi une limite qui est complètement irréversible si on ne l'arrête pas à temps.

Je vous avoue Florence que depuis cette fin d'après-midi d'avant mon départ j'ai plusieurs fois pensé à vouloir tuer le temps. Mais ce n'est pas possible : le temps parle, comme le vide et le manque, de paroles, de, sont pleinement parlants. Ils parlent autant que la parole et avec le même défaut : celui de l'interprétation à l'envers de la parole initialement émise.

Oui, moi aussi, j'ai ressenti à la lecture de votre dernière lettre d'avant départ, une grande émotion. Et n'ai pu vous répondre aussitôt. Voyez-vous, Florence, contrairement à vous, j'ai parfois besoin de recul, et de temps, avant de pouvoir "répondre" (mais je vous ai déjà parlé de mon admiration de votre rapidité de décision). Et je sais que dans ces moments là le silence est la seule réponse que j'avance. Mais il m'est nécessaire. N'y voyez pas là quelque chose de très dur. Seulement le désir de rester dans la force et de ne pas me diluer dans des paroles légères, qui s'effaceront aussi vite que je les auraient prononcées. Je cherche simplement l'adéquation la plus proche entre la parole et la pensée, c'est-à-dire, quelque chose qui se rapprocherait de la vérité, de ma vérité.

Je suis peiné de vos paroles dures envers vous même lorsque vous doutez d'avoir "compris" (mon approche des choses mon écriture et même, mon être). Je me suis senti compris, Florence, de vous. Et ce sentiment ne changera en ce qui me concerne, jamais. Je le sais, je le sens, j'en suis absolument certain. Vous m'avez compris parce que dans la vie vous êtes passée par des chemins similaires à ceux que j'ai passés, et je dis cela sans en savoir plus de vous, n'en est pas besoin pour le savoir et là aussi en être sûr. Et vos paroles étaient belles, et fortes, et surtout : entièrement justes !

Il faut retrouver ce flux, que nous le retrouvions, Florence : j'en ai besoin. Ou alors : téléphonons-nous, pour évacuer tout ce qui pollue, et empêche, à cette belle correspondance débutée, de reprendre. Je crois - et veux le penser, ou alors vous dit que tel est mon but - que cette dernière m'apportait autant qu'elle vous apportait. Vos lettres et vous, aviez pris une telle importance dans ma vie, d'écriture, comme dans ma vie entière...

Je voudrais vous dire, me force à vous le dire, qu'en prononçant le mot amour (même si ce fut qu'une seule fois), j'avais en tête l'image (et je reprends les mots de qui vous devinerez aussitôt), de l'amour mental. Avec l'idée que l'amour mental peut être bien plus fort que l'amour que l'on pointe habituellement par ce mot. Là encore, disant cela, je me défends de dévaloriser la vie, cherchant seulement à séparer les choses d'elle. Et j'aime votre image de la correspondance Nelly Sachs-Paul Celan (que je ne connais pas).

Alors très vite fait : . Non, je n'ai ressenti aucune peur après la publication de votre article, seulement à la première publication de la note sur. Et vous ai dit que cela avait été plus que passager. Non, rien de ce que vous m'avouez - et je mesure là toute l'importance, et vous remercie de votre confiance envers moi : j'y reviendrais, aussi en ce qui me concerne -, ne me fait peur, et ne changera en rien, les rapports que je pourrais avoir avec vous (tout en sachant bien que cela existe, et est bien réel, mais suis aussi pour ma part, entièrement ouvert à toute différence). La peur, Florence, il faut donc que j'y revienne, a été d'être d'un coup sous tous les projecteurs, et ce, d'une façon qui n'était pas en adéquation avec la réception que le monde a, de mes écrits - Soudain, Tout, avec un manque, de vérité, un trop, où je me suis senti, À TORT, membre quelque peu actif (de part notre correspondance, de part la proximité, que nous avions de plus en plus). Mais aujourd'hui je n'ai plus du tout peur, et suis grand, et suis capable de faire face (à tout et à toutes les, a.) C'est Vous, qui parlez : ce n'est pas moi, de moi.

Que puis-je dire, encore ? Vos mots à venir m'en donneront l'occasion. Satisfait de ce qui est pour finir venu là, maintenant, aujourd'hui, je m'arrête, et vous lance le tout, sans relecture, et pesées supplémentaires.

Alain

Pour vous

(vous disant encore, que cette lettre est la première chose que j'ai faite ce matin, avant toute autre chose...)

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Publié dans correspondanSes

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