Continuer ce qui a été 2

Publié le par Florence Trocmé

J'aime profondément l'intitulé de l'objet et j'y adhère tout à fait.

 

Merci Alain de vos deux messages.

 

En fait, si j'ose le formuler ainsi, je crois que le dialogue continue silencieusement. En ce sens que je vous lis, par petites doses, un peu tous les jours et que cela assure une sorte de présence continue (une basse continue, comme on dit en musique, le ground, l'ostinato, toutes notions qui me sont extrêmement précieuses) ; un peu comme une nourriture qui se révèle mieux par petites quantités, en tous cas c'est comme cela que je relis Écrire le Cri, approfondissant davantage toute la première partie, plus philosophique, que j'avais un peu survolée la première fois, pour en venir plus vite au plus strictement littéraire.

 

Le cri est une notion terriblement mouvante, qui se dérobe au moment où on croit la saisir, en tous cas si l'on vous suit dans votre pérégrination autour du mot, de la notion et de sa concrétisation dans l'écriture.

Je note à même mon livre et je me rends compte, mais j'enfonce une porte ouverte bien sûr (je ne crois pas l'avoir encore rencontré cela dit, mais c'est peut-être faute d'une lecture suffisamment attentive) que CRI est inclus dans éCRIture. Bien sûr, je sais qu'étymologiquement ça n'a rien à voir. Mais au diable l'étymologie quand une notion parle, ou crie ! C'est une façon de dire sans doute que dans toute écriture digne de ce nom, il y a du cri, de la profération, de la rage…

 

quelques notes en marge (il y a beaucoup de souligné aussi mais inutile de vous recopier, nous en reparlerons à livre ouvert, quand nous nous verrons, ce qui va sûrement s'avérer nécessaire de temps à autre)

le cri est refoulé parce qu'on "évite le visage de l'inhumain"

Instabilité du cri : il et du corps et du langage, à la frontière (19) ou même dans le no man's land entre les deux, dans l'intervalle synaptique peut être

Husserl, le cri serait une sorte de vecteur entre le socle prélangagier et le langage.

N'est-ce pas aussi le statut de toute poésie, tenter de formuler a minima ce qui relève de l'informulé ?

p. 25, le paradoxe de la littérature est qu'elle n'a que les mots (j'ajoute "et peut-être le corps du livre")

 

Ce que je perçois aussi depuis le début, c'est la cohérence de la démarche globale même si vous présentez comme différents ou distincts La poitrine étranglée, les regards hallucinés et Écrire le cri. Pour moi c'est la partie émergée du tout ou plus exactement d'une tentative de tout que vous êtes en train d'ébaucher avec une vision qui me fait penser à des entreprises aussi folles (pardon !) comme les Cahiers de Valéry, ou le Zibaldone de Leopardi. vision qui ont donc quelque chose de totalisant, d'encyclopédique et c'est un des aspects de votre travail auquel je suis le plus sensible. Il y a une visée, laquelle se rassemble, une partie du chemin, sur le vecteur, la flèche du cri. Incarnation de la révolte, de l'inacceptation.

 

Dernière chose pour aujourd'hui, je crois que vous n'êtes pas dans les concepts mais dans les affects. Formule entendue au colloque du cipM à Marseille, dans la bouche de Pierre Le Pillouër, disant qu'il travaillait, lisait, rédigeait des critiques plus à partir de l'affect que du concept... Formule à laquelle j'ai beaucoup repensé, à propos de toutes sortes de choses, des plus triviales aux plus complexes.

 

Je me sens un peu maladroite dans mes formulations. Si elles vous parlent, il faut me le dire car j'ai besoin que vous m'encouragiez dans mon statut de lectrice privilégiée et supposée comprendre en profondeur. Je doute de moi, à la mesure de la tâche privilégiée que vous me confiez !

Florence

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Publié dans correspondanSes

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