Je vous lis 2

Publié le par Alain Marc

 

 

 

Merci. Oui, ce livre est fort, et dense. Oui, les écrits de Francis Giauque (que j'ai découverts grâce à une anthologie de Pierre Seghers sur les poètes maudits) sont aussi indispensables, qu'inconnus. Je dois reconnaître ma dette, en ce qui concerne dire et "parler de", à Henri Meschonnic, qui en est l'initiateur, mais je crois le signaler suffisamment à l'intérieur même de l'essai.

 

 

Vous faîtes partie, Florence, des lecteurs d'Écrire le cri qui en ont entièrement compris la sève, sa raison profonde (un nombre relativement important de lecteurs et lectrices, du "milieu", visiblement choqués, m'en tenant encore aujourd'hui grief...). Ce qui est étonnant, c'est que vous m'envoyiez un texte sur Sainte-Anne, alors que je viens (enfin, après l'Art est un combat !) de terminer le Choix de la folie — dépression et folie(s) —, textes terminés, alors que Méta / mor / phose ? ne voit toujours pas de solution de publication s'esquisser... Ce n'est pas bien grave, sentant en moi les liens aliénants de ma dépendance à la (non) publication de bien de mes livres — treize aujourd'hui, avec d'autres quasiment prêts et tout aussi importants, aussi bien essais que de poésie, ou de littérature —, commencer à se relâcher. (J'ai de plus en plus l'envie de me consacrer exclusivement à l'écriture et à terminer définitivement les ouvrages que j'ai sous le coude depuis si longtemps — l'entreprise est suffisamment grande* —, dans une totale solitude, avec l'arrêt de toute recherche d'éditeurs qui me prend et m'a pris, tant de temps.)

 

 

* Il y a aussi les Poésies non hallucinées, qui combleraient pourtant merveilleusement le trou entre les Regards hallucinés et l'écriture du "poème à dire et à crier" dont participe la Poitrine étranglée. Il y a encore les Polaroïds (le petit dossier des Araignées... au CRI donne un bon tour d'horizon de la démarche générale, mais aussi la fin de l'entretien « le Cri et le sens » de la revue Singe) — qui rejoignent en un sens le Désir écartelé de Méta / mor / phose ? et les textes sur le même thème de la sexualité humaine. Il y a aussi toute ma réflexion autour de la poésie publique, avec l'essai qui en est issu... Tout, décidément, se tient.

 

 

Et je comptais dans cette entreprise — j'y ai pensé depuis une quinzaine de jours sans vous le proposer et me risque donc aujourd'hui à vous faire part de l'idée —, vous y associer en vous envoyant jour après jour chacun de ces livres. Afin d'avoir une lectrice (de choix !), et donc un but, d'écriture, inéluctable, un argument qui me rendrait la chose, l'acte d'écriture, me mettre enfin à la tâche, sur tout ce qui ne l'a pas encore été, vraiment nécessaire, m'en donnerait à tout jamais la force.

 

 

Car je dois avouer ma grande fébrilité. Et même si, essayant de m'expliquer à vous autant qu'à moi-même, cela en affaiblit quelque peu le désir, me trouvant soudain bête, ou médiocre, cherchant appui extérieur incapable de m'atteler seul. Tout cela est fort bête, mais est comme ça. Tel suis je, encore aujourd'hui !

 

 

Mais laissons s’égrainer les jours, sans affolement inapproprié — encore de la patience que diable ! —, afin de voir dans quel sens ils consolideront ou non, les différentes voies en débat (avec les deux sens du mot, celui de la discussion et celui de la lutte).

 

 

Car je dois tenir compte de vous, de votre capacité matérielle à combler tout ce fossé. Et vous avez aussi besoin de continuer à lire et poursuivre, tout ce que vous avez entrepris.

 

 

Alain

 

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Publié dans correspondanSes

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