De la lecture publique de poésie 2

Publié le par Alain Marc

Une lecture, est premièrement une attention au temps et à l'espace (au temps de sa lecture, et à sa position par rapport à la salle, aux auditeurs). Ne pas préparer un minimum sa lecture avant me paraît une aberration totale. j'ai encore en tête cette lecture d'Henri Meschonnic, à Beauvais, où sa voix s'éteignait au fur et à mesure que sa lecture durait. à la fin il était devenu complètement inaudible. quand il s'agissait de théorie la voix était alerte mais quand il s'est agit de ses propres textes tout a soudain basculé... le danger cependant est de ne pas tomber dans une lecture théâtrale. Laâbi, à ma grande stupéfaction, fit de même une lecture calamiteuse (toujours à Beauvais...), toute emplie de sa culture maghrébine où l'Homme, est Là, de toute sa hauteur. lecture hautaine, donc, avec le regard qui balayait constamment de droite à gauche afin d'en mesurer l'effet sur le public ! Jacques Darras fut (encore à Beauvais, mais dans un autre cadre), lui aussi, minable, et surtout, Universitaire..., tout auréolé de sa gloriole soi disant totalement acquise. lecture prétentieuse, donc, hyper, prétentieuse ! mais le pire que j'ai pu voir est le poète, ou écrivain, lisant son texte derrière sa table, assis, dévidant un ennui et lisant d'une tristesse, à en mourir sur place, ou en sortant. lecture morte, vide, de toute émotion, et de toute envie. à bannir toujours. vous me parler de Franck Venaille, qui pourtant lit TRÈS BIEN (l'expérience de l'homme de radio ?), qui fait passer dans sa lecture orale toute sa propre lecture silencieuse personnelle lorsqu'il écrit, a composé, ses propres écrits, qui arrive à le faire revivre, à faire renaître, recréer, extérieurement, sa voix intérieure. Oui, ce qui est à déplorer (la remarque du public 'bourgeois' n'est pas à prendre en cas personnel, mais bien comme le témoin — la parole —, d'un symptôme), d'un public toujours identique, cultivé, avec le manque cruel de tout le reste de la société, des étudiants, des jeunes, des ouvriers, même, enfin, de TOUTES les classes sociales. mais comment voulez-vous y arriver lorsqu'en premier lieu même les institutions, qui sont pourtant censées diriger un tant soi peu la destinée de la création contemporaine, quand une partie non négligeable, des poètes eux-mêmes, et en premier, n'en a même pas conscience... À partir du moment où il y a une attention au public tout est possible, et tout, peut commencer.

Je ne connais malheureusement des readings américains que ce que j'ai pu en lire, ici, à droite ou à gauche, c'est-à-dire bien trop peu. j'ai pu seulement apercevoir une fois un tapé de pied et une liberté orale, de présence, qui m'avait séduit (il s'agissait d'un poète américain publié par Francis Combes au Temps des cerises, poète et poètes que je n'ai pas appréciés par la suite à la lecture des seuls textes), une liberté au sens social du terme, d'un poète 'monsieur tout le monde' au milieu de tout le monde, si je puis prendre ces mots.

la question n'est peut-être pas tant celle de l'interprétation (qui peut tout de suite conduire sur l'impasse de le lecture théâtralisée et théâtrale — les comédiens s'avèrent bien souvent de forts mauvais lecteurs de la poésie, qui ne respectent même pas les fins de vers... et qui plaquent une voix codée sur un texte qui devient uniformisé quelqu'en soit son auteur), mais c'est un point de départ, un point de départ vers une première séparation du texte et de sa lecture, vers une première oralisation, et mise en scène, possible. c'est pour cette raison que j'aime beaucoup ce qu'a pu écrire Antonin Artaud dans le Théâtre et son double, Antonin Artaud que l'on cache aussitôt derrière le mythe de son œuvre entière, et qui empêche de voir, seulement, cette partie de sa réflexion, Antonin Artaud qui a bien compris, que l'enjeu était aussi dans cette problématique là.

voilà, Florence, j'arrête là ces premières et nouvelles réflexions sur le sujet de mémoire, sans avoir relu depuis quelques jours votre lettre mais qui me paraissent suffisamment intéressantes pour que je m'arrête

alain

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