De la lecture publique de poésie 1

Publié le par Florence Trocmé

J'avance dans ma lecture, avec bonheur.

 

Une question parmi d'autres, à propos de la lecture en public. Je trouve intéressantes et pertinentes toutes vos remarques, qui bien sûr recoupent celles que je me suis formulées, sans vraiment me les formuler mais vous lisant, je revis et revois mes expériences maintenant assez nombreuses de lectures, de readings et je classe ces évènements selon votre grille, découvrant qu'il y a de bonnes lectures et de très mauvaises lectures, ces dernières hélas en effet plus fréquentes que les bonnes. Ennui, défauts d'élocution, aucun effort fait en direction de l'auditeur/lecteur, mise en scène effroyable avec table sinistre et éclairage blafard et j'en passe.

Or il me semble que si vous dîtes beaucoup et à juste titre ce qui ne va pas, vous ne me semblez pas avoir de solutions. Toutes faites certainement pas et heureusement...

 

Alors je m'interroge : pourquoi une lecture est-elle bonne et l'autre mauvaise ? À l'évidence la qualité de la poésie n'est pas en cause. Il y a de la belle poésie mal lue, j'ai souvenir d'une très mauvaise lecture de Mathieu Bénézet. J'ai compris  que MB était sans doute paralysé de lire et pourtant nous étions 10 je crois, dont Frank Venaille 

Belles lectures : Jérôme Rothenberg (une performance en fait), Vénus Khoury Ghata (qui sait ses textes quasiment par coeur), Claude Beausoleil, je vais y revenir, JL Giovannoni… d'autres sans doute que je n'ai pas en tête. Alors ?

En fait si je pars de Beausoleil, voilà mon idée, c'est que la bonne lecture est une lecture interprétée, comme si le livre était une partition et le lecteur l'interprète, je fais fonctionner à fond l'analogie avec le musicien, pianiste, guitariste, violoniste, etc. Il a un texte sous les yeux et ce texte il doit le faire vivre, par les moyens de son choix. Quand c'est Bach, il y a Glenn Gould et Murray Perahia, quand c'est Beethoven il y a Yves Nat et Brendel, ou Cortot, ou Levinas, etc. Alors qu'est ce qu'il faisait Beausoleil qui m'a captée : il a interprété son texte comme un morceau de jazz, il a d'ailleurs battu du pied avant de commencer, il a au tout début donné comme le tempo par quelques petits coups sur le micro, et il est parti à vue dans son texte, il s'est laissé complètement emporté par son texte, qui est un texte rythmé, un peu haletant, entièrement dédié à Kerouac ! J'ai d'ailleurs rarement entendu applaudir une lecture de poésie comme ça, en fait on applaudissait comme à un… concert ! Giovannoni aussi avait manifestement travaillé sa lecture, qui restait cependant une lecture comme celle de Beausoleil. Je n'ai pas assisté à suffisamment de performances encore, pour dire quelle serait la différence entre lecture et performances.

Vous, vous faîtes une distinction me semble-t-il entre lecture à la française et reading américaine. J'aimerais vous lire un peu plus sur ce point si vous voulez bien.

Voilà quelques réflexions que je voulais partager avec vous ce soir, Alain.

Je vous embrasse

Florence

Publié dans correspondanSes

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