Lire ou écrire

Publié le par Florence Trocmé

Vous répondre oui Alain, mais ne pas répondre à tout ce qui se dit, ne veut pas dire ne pas l'entendre. Je crois que j'entends tout ce que vous me dîtes, simplement certaines choses ne peuvent pas recevoir de réponses, soit dans l'immédiat, parce qu'elles doivent mûrir, soit parce que je les ressens comme des constats sur lesquels je n'ai pas à épiloguer. Mais j'entends, soyez en sûr tout ce que vous me dîtes et cela m'habite.

 

Je suis heureuse que vous ayez eu de bons moments dans le Morbihan. Une certaine distance, par moments, avec le quotidien habituel, ses tensions et avec la table de travail et ses autres, ô combien plus difficiles parfois, tensions, permet de changer l'angle de vue, et ce faisant de voir d'autres choses parfois

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Pour Butor, ai-je cédé je ne crois pas. J'aime Butor, pas ses romans il est vrai, j'ai essayé de lire la Modification il y a peu, cela m'est tombé des mains et dans son oeuvre, il y a des choses qui me fascinent mais aussi bien des pages, surtout récentes, où j'ai le sentiment qu'il tire à la ligne. Mais l'ampleur de l'œuvre (vous savez, n'est-ce pas que les œuvres-fleuves me fascinent, Butor, Leopardi, Valéry et vous, Alain, cette visée encyclopédique dont nous avons parlé dès la première fois), me fascine et la multiplicité des approches littéraires aussi. J'avais aussi envie d'illustrer cette édition, entreprise que je trouve fabuleuse, et le second tome n'était pas encore disponible.....

 

Merci de tout ce que vous me dîtes de très sensé sur le Flotoir, j'ai parfois un peu tendance à être dans le tout ou rien. Ce que j'expérimente en ce moment et cela recoupe peut-être certains de vos propos sur lire et écrire, c'est que je vis comme une sorte d'ascèse bénéfique cette interruption momentanée du Flotoir. Je m'aperçois que je tends à écrire sur des petits papiers, me souvenant de Walser dont on dit qu'il déjouait ainsi son auto-censure. Pour moi, cela semble fonctionner et le Flotoir, avec son apparence formelle bien léchée finissait par être une sorte de cage. Je travaille donc, expérimentant de nouvelles façons d'écrire et de travailler, mêlant deux façons de faire à l'opposé, m'astreindre à répondre à des commandes (au besoin en les suscitant, c'est essentiellement pour Siècle 21 que je dis ça, pour qui j'ai écrit tout récemment un texte sur l'eau de l'aquarelle en rapport avec Michaux) et à l'opposé écrire complètement librement.

 

J'aimerais vous demander plusieurs choses :

revenir sur la question de l'éditeur, du pas un éditeur de poésie, voire même de l'éditeur Bien être, car cela me trouble

me faire un schéma de l'ensemble de vos écrits, je dis bien un schéma, un croquis si possible

vous poser la question de savoir si vous désirez que nous prenions un café ensemble, pour nous revoir et parler à bâtons rompus de où vous en êtes, etc.

 

Enfin bien sûr, vous ouvrez l'énorme chapitre de Lire et Écrire ou Écrire OU lire. Une amie me dit "tu seras peut-être un jour amenée à renoncer à Poezibao ou à passer la main à quelqu'un d'autre pour écrire ce que tu veux écrire". Et sous-jacente, posée par toutes les interrogations sur le Flotoir, est-ce que en effet trop de lecture ne tue pas l'écriture. Ne suis je pas gangrenée littéralement par ces monceaux de livres et textes qui me rejoignent en permanence. Comment entendre ma propre voix dans cette cacophonie de voix ? Je crois qu'il faut poser ces questions-là. Les écrivains vraiment engagés dans un travail profond d'écriture me disent tous la même chose : par moments (ou définitivement, c'est votre cas), on ne peut pas lire et écrire en même temps. Gabrielle Althen me dit que quand elle est vraiment engagée dans un travail d'écriture, la seule chose possible, c'est la musique.

Voilà donc bien des pistes lancées pour la poursuite, certes cahotante, mais je crois authentique, de notre échange, Alain.

Florence

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