Pensées mensuelles

Publié le par Alain Marc

Florence,

 

Le séjour dans le golfe du Morbihan fut bon. Je l'ai vraiment découvert cette année, avec ses multiples criques, et points de vue, au bord de l'eau - calme comme une huile, très peu de monde en avril et donc, sérénité totale...

 

J'en profite pour énoncer le promis, à savoir les pensées accumulées sur ce dernier mois, et gardées en moi. Sur Butor, premièrement, où j'ai regretté que vous ayez 'cédé', suite au commentaire vous reprochant votre dire unique sur le genre de la poésie. Oui, voir une photo de la couverture des romans de Butor sur Poezibao, m'a un peu heurté. Mais ce n'est pas grave. J'ai été très heureux de la nouvelle concernant le déménagement de votre, et du coup, de l'aménagement de votre bureau personnel. Cela devrait vous permettre, maintenant, beaucoup plus. Concernant votre Flotoir, je ne le prends pas, évidement, avec autant de sévérité que vous. Je trouve qu'il y avait, dans son intérieur, pas mal de bonnes voire très bonnes, choses (je vous ai signalé les bonnes notes, et poèmes, que j'y avais trouvés). Mais il est vrai que tout ouvrage, et le carnet en est un, doit avoir une politique (au sens de Meschonnic). Je pense que vous devriez le continuer, peut-être pas de la même façon, peut-être pas aussi intensément (je ne peux le juger, en sachant peu), mais le continuer. Il sera toujours temps par la suite de ne garder que le meilleur, les meilleurs passages, de les collecter. De bons poèmes étaient également présents (là aussi, une Politique, me semble à trouver). Quant à la relation trop prenantes, de l'autre, des autres, écrivains, vous avez sûrement raison. Vous existez, et vous pouvez, y arriver. À écrire, à écrire vraiment. Avec votre, sensibilité, avec votre vécu, et vos nombreuses lectures accumulées jusqu'à aujourd'hui.

Vous comprendrez peut-être plus mes paroles concernant mon impossibilité, dorénavant, de lire comme je le faisais auparavant. Avec une soif, avide en quête en re-cherche, DE l'écriture, l'unique la vraie, celle, en fait, des autres... Je serais tenté de dire qu'il fallait en passer par là (votre Flotoir). J'ai aussi, souvent en tête, cette date importante, ce moment, où j'ai décidé définitivement d'arrêter mon journal (qui m'aidait pourtant tant, dans les moments difficiles), pour, afin de clore enfin, mon 'œuvre', d'écrire enfin, tous les écrits que j'ai en tête depuis si longtemps et d'arrêter de poursuivre extension de mes recherches formelles (j'avais encore d'autres pistes en cours, arrêtées elles-aussi tant que). Je suis sur la route. Je serais tenté de dire que maintenant j'ai trouvé la mienne, et que lire les autres, la recherche des autres, ne m'intéresse absolument plus. Mais cela voudra peut-être dire, pour vous, un jour, je vais peut-être vous heurter terriblement, de [...] Poezibao, ou de le mettre en veille, en vous y investissant moins, en ne publiant que quelques, ou alors, de passer à quelqu'un d'autre, les rennes (comme, par exemple, François Bon). Pour Vous, afin de vous obliger, à cultiver votre propre jardin. Mais il est vrai aussi que pour l'instant, on a (nous tous, tous les poètes, et la poésie, besoin de vous). Et à propos, où en est votre enquête sur les poètes femmes contemporaines ? Les dix jours sont passés, et depuis longtemps. Il Faut poursuivre. Très bien, ces ouvertures récentes de Poezibao (je pense par exemple aux entretiens menés par F.P.).

 

Écrire :

Je voudrais terminer maintenant sur cette pensée, notée depuis plusieurs semaines pour vous, afin que vous me compreniez mieux et compreniez mieux encore, ma démarche. J'aimerais publier mes poèmes à dire et à crier, sur la folie, le sexe, la solitude, toutes nos angoisses existentielles (tel est le pari, mon, pari, de toutes les lister, dans mes trois et hors cycles mis au point - même je sais que cela relève d'une totale utopie), la plus grande partie de mes poèmes à dire et à crier chez un éditeur qui publie des ouvrages de bien-être, ou de "développement personnel", ou de vulgarisation "médicale", grand public, mais Surtout pas, chez un éditeur de poésie... Cela, là aussi, est très clair dans mon esprit.

 

Mais pour le moment j'écris, et je dois vous dire que j'ai fini, juste avant de partir, le retoilettage de mon essai sur la « non-présence de la poésie autour de nous ». Qui en avait bien besoin.

 

Alain

 

Oui, vous êtes de plus en plus, absente. Ou tout du moins : plus comme au temps du superbe début de notre correspondance. Mais vous êtes toujours Là, et continuons ainsi (c'étais parfois très prenant, même pour moi...). Je reste cependant un peu déçu, du sans réponse sur certaines de mes lettres récentes, comme par exemple cette dernière vous répondant sur la lecture — ne me suis-je pas mis, encore une fois, trop en avant ? Vous a-t-elle apporté ? (Il y a aussi eu une précédente où je vous répondais, et parlais de ma 'poésie publique'.

 

À bientôt de vous lire.

Publié dans correspondanSes

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