Il est absolument incroyable pour moi

Publié le par Alain Marc

Florence, il est absolument incroyable pour moi, que vous ayez choisi CE, CETTE, poésie-ci [« J'étais petit enfant »], et non une autre. Cela est toujours très riche d'enseignement pour moi, la réception, par l'autre, de l'autre, et je me remets à repenser à ce choix de même de cette autre poésie non hallucinées, par deux personne différentes, un ami, qui devait "me" faire un livre d'artiste mais qui deux ans après n'en a toujours pas eu le temps mais ce poème cette poésie, il m'a dit qu'il l'aimait, à un point !, et Christiane Tricoit de Passage d'encres, cette poésie qui était bien la dernière que j'aurai mise en avant (« Une rangée de corbeaux », avec son "pisse par terre", qui donne écho façon surréalistes à "érosion monétaire", que je jugeais par trop trivial, pour être accepté par le monde poétique...). Ce choix, Florence, me conforte aussi dans ce recueil, que j'avais ai toujours du mal à vraiment "sentir" (je vais y revenir), me dit que j'ai raison de réunir, et comme cela, ces poésies ensemble.

 

Cette poésie peut aussi déboucher sur un autre point d'écriture. Cette poésie est issue d'un rebus, est une poésie retravaillée (des parties ont été effacées). Elle me paraît plus forte ainsi, ainsi retravaillée. Une parole d'un peintre contemporain m'a beaucoup éclairée, et c'est en cela que mon ami Philippe Playe - un des meilleurs lissiers de France [se dit-il]... -, m'est doublement précieux. Car il aime beaucoup cet artiste. Il s'agit de Pierre Buraglio, pour qui la "citation", l'utilisation de rebus, mais de ces propres rebus, est un art de création (je retrouve là aussi l'art de Philippe, et de Bernard Turiot, qui était aussi son ami, dans son emprunt, son utilisation du rebus, comme par exemple les vieux cadres de fenêtres dans les casses). Buraglio utilise ses propres chutes, ratages, travaux de jeunesse sans importance, pour les sublimer, les détourner, en faire AUJOURD'HUI, de vraies œuvres d'art.

 

C'est exactement mon travail, le travail que j'ai effectué avec bons nombres de poésies de ce recueil. C'est de cette exigence là, que je veux faire mienne c'est de cette exigence là que je veux pour ce travail. Je ne suis pas sûr d'avoir atteint ce but (il me faudra peut-être encore beaucoup de temps pour l'atteindre : qu'en pensez-vous, Florence ? Et d'ailleurs, pouvez-vous me dire si vous aimez VRAIMENT, cette poésie, que vous venez de publier ?)

 

Je ne suis cependant, malgré, toujours pas sûr du bien fondée de cette poésie (j'y reviens, reviens sur la même idée, et laisse telles quelles les paroles, qui ont été écrites juste avant, avant les précédentes..., je les laisse pour le complément, le surcroît de sens qu'elles peuvent amener). Devant le jugement dernier des Poètes, devant la Postérité, comme je le suis par exemple des regards hallucinés, et des nouveaux... Et c'est en cela que votre choix m'aide. (Comme je ne suis, n'étais toujours pas sûr, de la démarche réelle des "poésies non hallucinées", qui ouvrent le recueil (ce recueil contient des "poésies non hallucinés", des poésies "rescapées", "éveillées" et "zen").

 

Cette poésie, donc, précisément, Florence, de l'enfant de six ans, est issue - j'ai eu forte envie de dévoilement après ce geste-cadeau de votre part -, d'un travail [...]. Absolument incroyable, ces mots, Florence, quand je les ai écrits je les ai VÉCUS. Quand je dis que j'avais "six ans" : je l'ai vraiment vécu. Dans mon corps dans mes tripes dans ma tête ! Je me suis sentis "retourner" dans le vagin de ma naissance. Oui : on peut le vivre, on peut vivre cela. La mémoire du corps existe bien, cette mémoire sous la mémoire, cette vie sous la vie, la mémoire du tréfonds.

 

Poème / poésie, je tiens Florence à cette différenciation. J'ai effectué cette différenciation afin d'éclaircir - séparer ? et là je sais que je vais vous heurter, vous qui avez défendu si ardemment dans votre article sur mes trois livres cette idée - deux de mes démarches, à savoir celui des poésies courtes, et de leurs différents recueils (trois ou quatre, qui sont le résultats jusqu'à aujourd'hui de trois ou quatre démarches séparées, toutes issues d'un âpre travail sur la forme. Poésies courtes donc - mais vous sentez déjà, aux dires de tout le début de cette lettre, ce que je sous-entends par là -, que je nomme justement, "poésies", et poésies longues, que je nomme "poèmes" (il s'agit de mes poèmes à dire et à crier, plus d'une quinzaine au total, qui sont regroupés par cycles, trois, et hors cycles.

 

à vous, Florence, ce très grand merci

 

Alain

 

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