Au sujet de la disposition intérieure

Publié le par Alain Marc

Le cri n'est qu'une des fonctions parmi cinq, c'est ce que je voulais vous dire Florence depuis plus d'une semaine, et cela rejoindra peut-être aussi votre question sur la disposition intérieure propre au cri, et à son écriture (me restait en tête l'idée que je ne m'étais pas dédouané entièrement de votre dernière question du 6 janvier). Mais avant de développer un peu plus ces cinq fonctions — je dis aussi cinq domaines, ou tout du moins de présenter cette idée je préfère et repasse à nouveau par, sur, le cri.

 

J'ai écrit Écrire le cri dans un coup de colère face au blocus généralisé que me présentait le monde de l'édition de la poésie face à mes écrits, que je qualifie aussi de poésie existentielle, et aussi de la vision que j'avais de la poésie (ma poésie publique...), cherchant à comprendre le pourquoi du peu d'écoute et d'attention opérées envers elle. Ils, toutes les personnes auxquelles je m'adressais (directeurs de revues, éditeurs, écrivains et artistes), ne connaissaient et ne reconnaissaient que toutes celles qui étaient "classiques", c'est-à-dire toutes, sauf cette dernière, du cri... C'est un premier point, et c'est une des raisons qui m'ont poussé à réfléchir plus en profondeur et à écrire cet essai sur l'écriture du cri, les écrits et poésies du cri.

Mais pour répondre tout de suite plus spécifiquement sur la question de la disposition intérieure qui est à l'origine d'un "écrit du cri", je crois que la disposition de départ est exactement la même que celle d'un autre écrit, d'un écrit "ésotérique" par exemple. On a envie d'écrire, et on passe à l'acte, que la pulsion d'origine en soit la beauté, la contemplation admirative de la beauté et du mystère du monde, ou qu'elle soit plus ancrée dans un besoin vital et profond, de clamer sa, une, souffrance. On peut aussi imaginer que certains poètes, ne savent pas ce qu'ils vont écrire avant de se mettre à leur table de travail, ou devant leur feuille. L'acte, créateur, me semble le même, qu'il soit contemplatif, ou compulsif. Il y a aussi le fait que cela est souvent inscrit en chacun,

que pour moi il y avait beaucoup de cris, que je traîne depuis mon enfance un lourd sentiment d'injustice, aussi bien personnelle que du monde en général. Toutefois comme d'autres, pas plus que d'autres, qui ont beaucoup de

(camps de, concentration, ou mal d'être de l'éloignement du pays, de sa culture de son peuple — voir Abdellatif Laâbi, comme bien d'autres poètes étrangers contemporains...). Et oui, en ce qui me concerne, j'écris très souvent dans un état halluciné (et oui, aussi parfois par flashes, ce qui explique, et la présence, et la défense, de mes "notes", et l'existence même du concept du regard halluciné). C'est mon lot, là est mon oeuvre, à faire — j'ai l'impression que les dés sont maintenant jetés, que mon "oeuvre", est maintenant bien voire complètement, engagée (on ne sait pas, ne peut, deviner ce que l'on va écrire au début, et puis ensuite, assez vite, les dés sont jetés, et on ne peut plus s'en écarter, ou très peu).

 

Alors j'ai eu l'envie de vous parler de ces "fonctions" du poème, de chaque poème. Je le sais, aussi, face à après, ce moment avec vous que j'ai vécu à nouveau comme un peu difficile suite à ma réponse, un peu dure, sur l'écriture du cri. J'ai alors pensé qu'il fallait que je vous dise que j'aimais également beaucoup d'autres poètes et bien d'autres poésies, que celle du cri, comme pour n'en citer qu'un, ce grand poète qu'est Roberto Juarroz avec ses poésies verticales.

 

Toute poésie, tout poème, a une fonction. Pourquoi écrit-on ?, est la question qui est sous jacente de cette réflexion que j'ai menée. Et peut-on réduire toutes les différentes fonctions à seulement quelques unes ? Deux notes, sont au départ le témoin, de cette réflexion. Je vous les joins en aparté à cette lettre. Elles ont le mérite de donner une assez longue liste des poètes et poèmes que j'ai particulièrement aimés. J'ai ensuite eu l'envie au moment où l'action des chroniques sur la poésie que je tenais au sein de la partie magazine de la revue Contre-vox était encore valide, de présenter ma réflexion lumineuse dans un article de fond, ce que je fis dans la dernière chronique parue, « (Contre la poésie sans sujet :) les cinq fonctions les cinq domaines, de la poésie », avant que la revue ne cesse définitivement de paraître. Mon intervention n'a récolté bien évidemment aucune réaction notoire, et seul un grand silence en fut toute réponse.

 

J'ai eu envie de vous dire tout cela. Je ne sais si cela répondra à votre question, mais cela a eu déjà pour moi l'avantage de réussir un tant soit peu, à écrire vous écrire enfin une "vraie", lettre. Depuis longtemps.

 

Alain

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