Venant reprendre le fil interrompu 1

Publié le par Florence Trocmé

Me revoilà donc, venant reprendre le fil interrompu…

j'ai souvent repensé à cette question du cri comme horizon inatteignable et en fait je ressens toujours les choses ainsi, ce qui ne veut pas dire que l'écriture du cri est impossible mais qu'elle est plus une visée vers un impossible qu'autre chose, car écrire parfaitement le cri serait écrire un cri et ce serait la négation de l'écrire. Le cri existe en soi et n'a pas besoin de l'écriture ; mais en revanche que l'écriture soit fascinée par le cri au point de la prendre pour horizon inatteignable, on est là dans ces problématiques qui ont toujours agité les écrivains, la visée utopique de toute écriture, le Livre de Mallarmé en est un des avatars sans doute.

On pourrait aussi soutenir que la seule forme d'écriture aujourd'hui concevable, serait cette écriture qui tente le cri. Et il y a plusieurs façons sans doute de le faire, les différentes œuvres sur lesquelles vous vous penchez le démontrent.

 

j'aimerais que vous reveniez plus en détail sur ce que vous me disiez sur le fait que vous tentiez une sorte de non-écriture. Je pense qu'à priori, je vous dis les choses comme je les sens, il y aurait peut-être une gêne pour moi, sans doute trop amoureuse de la langue et des mots et trop confiante dans leurs capacités, dans ce refus de l'Écriture. Cette écriture qui tente de s'absenter de tous les processus littéraires, rhétoriques et autres si j'ai bien compris ce que vous vouliez me dire. Quels seraient selon vous, quels sont plutôt puisque bien évidemment vous les employez, les outils de l'écriture du cri, les outils qui sont à votre disposition, dans la langue pour tenter d'approcher d'une écriture du cri (ma formule ne dit pas que vous n'y réussissez pas mais elle tient compte de ce que je viens de vous dire sur ce côté utopique de l'écriture du cri, cet horizon inatteignable mais qui informe tout ce qui vise vers lui, qui est l'ombre projetée sur toute cette visée et donc ce qui est produit, par vous, par d'autres, dans la "flèche" de cette visée). Les majuscules font certainement partie du dispositif, c'est ainsi que je les ressens, la coupe aussi me semble-t-il souvent coupe au couteau, presque sanglante. Mais de quels autres moyens syntaxiques disposez vous, vous et les autres écrivains du cri. J'aimerais bien que vous éclaircissiez ce point pour moi.

 

voilà de nouveau toute une série de pistes et de questions ouvertes pour reprendre notre échange.

Je me suis aperçue que j'étais gênée matériellement par les manuscrits, je me suis donc permis d'enlever les agrafes de Méta / mor / phoses ? pour pouvoir le trimbaler (très important pour moi trimbaler les livres, vivre avec, les lire ailleurs et ici et là, ce sont des compagnons de route, ne pas l'oublier...) plus facilement et aussi pour pouvoir les lire dans mon lit, ce qui m'a été extrêmement difficile dans leur forme actuelle. J'espère que vous ne m'en voudrez pas. j'avais lu une fois en fait que les lecteurs de manuscrits et tapuscrits les préféraient en feuilles volantes (dûment foliotées !) ; peut-être que je commence à comprendre....

 

vous me direz pour dada ? cela m'intéresse, y a-t-il une once de cri dans ce que vous avez vu ? 

À très bientôt Alain
Florence

 

Publié dans correspondanSes

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