Numéro de jongleur, d'équilibriste

Publié le par Alain Marc

 

Je ne reviendrai pas sur les points que j'ai déjà abordés dans ma dernière lettre sur ce sujet des notes (avec mes "lectures"). Ils s'appliquent tout autant à ce carnet sur le monde et la société d'aujourd'hui. Mais ne me défilerais pas non plus. Je me suis par exemple rappelé subitement un soir (c'est toujours juste avant de m'endormir que certains flashes remplis de vérité me viennent), que les notes qui figurent et accompagnent les Regards hallucinés, avaient été soigneusement triées sur le volet, avant leur premier envoi à Bernard Noël (la hauteur de la tâche m'y enjoignant fortement, de ne pas décevoir un écrivain de cette trempe...). Ce qui me fait dire aujourd'hui, et après votre lettre, qu'un travail de cet ordre est peut-être à mener à nouveau in fine sur les carnets que je me propose et conçois comme terminés.


Je qualifierais ma pratique, Florence, de numéro de jongleur, d'équilibriste. Je jongle avec les bouts de textes d'origine, les transpose les assemble, les couds et les repasse (avec le but de les repasser sous la semelle du fer rouge...). Avec il est vrai une certaine sacralisation, il me semble vous l'avoir déjà dit, de la souche d'origine, des mots qui ont été jetés la première fois sur le bout de papier, quadrillé ou non, très souvent chutes de (papier, de récupération de...). Je ne sais exactement pourquoi : par fétichisme ? Et cela est également valable pour mes écrits littéraires et de poésie (par exemple tenir, être fidèle, à la temporalité première). Alors c'est vrai qu'il peut m'être difficile de me séparer de certaines traces (Derrida), et même, de certaines poésies ou poèmes ou bouts de textes. Il n'y a que le travail de la relecture, harassant parce que je ne peux le mener qu'après avoir "oublié" complètement le texte, lu donc bien des semaines avant, pour pouvoir et être en mesure à nouveau de Voir. Travail de sculpteur, de l'oignon auquel on enlève petit à petit ses couches et ses peaux.

Je continue, et continuerai. Donc...


Remarque qui peut me lancer sur cette autre que vous m'avez soumise du "work in progress". Vous avez peut-être sentie ma réticence, qui était sous ce mot de cacher le caractère que je considère comme achevé, de plus d'une dizaine de mes écrits. Ce n'est donc pas un refus, mais seulement une correction. Je sais que beaucoup de travail me reste à effectuer, en pensant aussi subitement au fait que tous mes autres projets, si je conçois et vous concède fort bien qu'ils ne soient pas achevés, ne sont pourtant pas éclatés, ou, "en formation" : ils sont tous clos, bien cadrés dans leur contenus, seulement à mener à leur phase finale de dernière écriture (ils sont bien plus qu'ébauchés). Le "work in progress" serait valable, Florence, je l'accepte volontiers, au niveau du travail du contenu même, profond, de ma recherche. À savoir le cri. Qui reste encore, à mon avis et je le sens, à approfondir, à en joindre tous les bouts, toutes les creusées. Mais là est un travail postérieur, à mener seulement après que je finisse totalement tous les écrits imaginés et plus que cela, puisque presque entièrement écrits, dans leur contenu (raison de plus pour mener et continuer ce seul travail de l'écriture, jusqu'au bout, sans se soucier aucunement de leur réception, ou non réception, actuelle, sans se soucier le moins du monde, de leur édition...).


Et vous êtes là, et là est tout le sens de votre présence, de cette aventure que je vous propose : de tout connaître de mes écrits, de fond en comble, afin peut-être, de les transmettre, un jour. Et c'est pour cela que je DOIS continuer cette idée du départ, qui était de tout vous envoyer. Si vous le voulez toujours, bien évidemment.


Et alors encore vous dire cela, Florence. Que des Araignées... au CRI, est un moment, qu'un moment, clos, fini, terminé, pour moi, en ce qui me concerne. Et que j'en suis heureux, que je considère comme un sommet atteint, fort, qui se suffit et qui est très fort, même si - et il faut absolument que vous le compreniez, Florence, même si il est totalement clos dans sa souffrance, vécue au plus plus de moi. Cette souffrance est passée (Dieu merci ! [...]). Mais l'objet reste, et a sa vérité, sa grande vérité, qui est celle de la fermeture du monde à toute grande nouveauté. Je n'en dirais pas plus. Mais sais, qu'en parler de cette manière - et je pense qu'un article serait intéressant à ancrer dans ce sens -, serait plus qu'intéressante. Je vous lance l'idée, oui, vous la lance, plus explicitement, mais vous la lance, seulement.

Pour en venir à ceci. Vous avez sûrement remarqué, Florence [...]. Oui, Florence, je veux trouver la FORCE , trouver plus de force, en moi, pour poursuivre, et ne pas m'égarer trop souvent, périodiquement comme cela m'arrive encore trop, dans ce que je ne peux que qualifier de d'énorme perte de temps. (Il n'est pas facile de travailler quotidiennement sur cette matière, à savoir, celle de la souffrance... Mais le veux, veux continuer à explorer toute sa teneur, ses tenons et ses aboutissants, pour la... transmettre.)


J'espère que vous avez passé un excellent séjour en Alsace, région que j'aime (y avais de bons amis sur Strasbourg), et vous espère en pleine forme, afin de poursuivre l'entreprise qui est la vôtre

Alain

PS _ Je suis très heureux Florence, de la sortie de ce numéro de Balises dont je vous ai parlé et aussi de cette autre très bonne nouvelle, de la parution sur un très bon site Internet de l'une de mes... nouvelles... (Pour la première fois !, sur un site où on peut acheter les nouvelles en ligne — on y trouve même Christophe Donner —, vous en parle dès publication effective, prévue pour début janvier, avec annonce dès la semaine prochaine)


Mes deux lectures de janvier s'annoncent également très bien

 

Publié dans correspondanSes

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