Je ne sais où ni quoi (ni comment ni quand) 1

Publié le par Alain Marc

 

Je ne sais comment commencer, Florence, ce nouvel opus de notre correspondance. J'ai peur de vous avoir déçue. Et j'ai forte appréhension. La correspondance va parfois loin, dans l'intime, et peut briser le masque. Alors je vous dois à mon tout, la franchise. Mais commençons par le bon.

 

J'ai ces derniers temps, avant que vous vous mettiez sur l'écriture de l'article des trois livres, et ce bien des fois, ressenti dans vos paroles une forte, comment appeler cela ?, disons complicité, proximité, connivence, qui m'a apporté un plaisir inégalé. Un rythme s'était instauré, d'échanges, de paroles. J'aimerais retrouver cela. Parce que c'était beau, et grand, et fort. Et c'est vrai que, mais aussi, paradoxalement, votre article, a quelque peu cassé cela. D'où peut-être aussi votre impression de malaise à mon sujet. Ce qui n'est pas sans fondement. Mais il fut très bref, passager, le reste n'étant que préparation de, et tâches occasionnées par, laissant filer le temps.

 

La peur Florence, oui, mais elle fut brève, j'insiste, fut à un moment de, ou tout du moins d'être perçu comme, surtout que je recevais en plus ce message fort méchant, et agressif, de cette personne... Je suis aujourd'hui entièrement tranquille à ce sujet, et vous fais entièrement confiance. Mais j'ai parfois aussi peur de lasser ou de susciter quelques rejets de par ma propension à étaler, quelquefois, mes élans négatifs, quand je critique violemment untel ou untel. Comme pour, pour ne prendre que cet exemple, où je me dois de dire aussi que j'aime son blog (je lui en ai fait part), que je le trouve plus que sérieux, bien fait, utile et nécessaire. Peur du rejet, donc, de votre rejet. Mais votre dernier mot (lu à l'instant), lève déjà beaucoup de mes appréhensions — et peurs affreuses, terribles... — (mais n'avez-vous pas eu peur aussi, vous, Florence, puisque nous en sommes aux confidences, à un moment d'être un peu débordée par moi, par mes attentes, qui auraient pu devenir assez vite fort envahissantes ? — alors je vous rassure tout de suite, ne le fait pas plus car pense qu'une sorte "d'autocorrection" s'est vite mise en place). Mais tout cela, Florence, a à voir avec la censure, et sa peur aval, l’autocensure (bien que ne la connaissant pas, ou alors très peu...).

 

Je serais tenté de dire que dès que l'on n'intègre pas les données d'un groupe, que l'on ne répond pas à ses attentes, on ne peut que rencontrer, en retour, la censure. (Si , Florence, c'est bien — aussi — de la CENSURE , que vous me parliez, et cela m'a fait grand plaisir, quand vous souleviez la censure de notre civilisation vis-à-vis du cri, le 26 octobre dernier.) Que dès — je reprends —, qu'on se situe hors de la mouvance, des cadres, habitudes, idées et coutumes en place, on subit le rejet, la censure. Alors moi, qui parle de la souffrance (comme Franck Venaille mais sans le style — Écrire le cri), dans, avec, la poésie... Alors moi, qui cherche à écrire le plus simplement du monde, qui utilise des majuscules, qui refuse le jeu de la création de sa revue, de la publication comme les autres le font, de tout ce petit monde — je serais même tenté, quand je vois cela, de dire que je ne suis pas poète, que je ne "fais" pas de la poésie... Alors moi, oui, qui ai une démarche antilittéraire : ... ... ... ! Je ne peux que subir, le blâme et la mise au poteau (des insoumis, des infidèles, des). Censure, oui, il y a une censure, économique, mais aussi, idéologique, corporative, de classes, et encore, une censure du nouveau, du différent, de la pensée, différente. Je lisais aussi ceci, et je réponds là à votre remarque notre civilisation et le cri, que l'on rejette la douleur, parce que bien souvent on l'associe instantanément à la violence, et à la souffrance (sujet tabou, oh combien !).

 

Mais il faut que je vous dise que j'aime aussi votre analyse, que je l'entends, lorsque vous parlez de l'autocensure, et j'aime les solutions du rêve et de l'écriture. Je dirais pour ma part que pour moi le cri a levé, et lève, toute autocensure (de part sa vérité). Et que face au monde, et aux critiques (oui), que j'essuie depuis les tout débuts, j'ai toujours gardé le même cap, les mêmes idées et la même, façon d'écrire (mon écriture brute, proche du réel, des poèmes à dire et à, mes dires sur l'écriture du cri, sur la poésie publique, le fait de privilégier le fragment, etc. etc.).

 

Je vous ai envoyé, Florence, quatre manuscrits. J'en suis heureux. J'ai déjà mes idées pour le prochain envoi.

 

Je ne sais pas, Florence, où je vais... Je vous ai envoyé, par exemple, ces manuscrits, et ne sais pas bien pourquoi, dans quel but. Parce que vous me le demandez. Oui, mais aussi parce qu'un jour je me suis dit, et ai noté : . « Écrire par amour ». Voilà ce que je vais faire, oui, écrire, continuer à écrire, aller jusqu'au bout, parce qu'une personne me lit, parce qu'une personne aime ce que je fais, parce qu'une personne me le demande... Alors n'écrire plus que pour cela, pour cette seule et unique raison.

 

Je laisse les choses en l'état, brutes et abruptes peut-être parfois. Mais non, il n'y a pas n'y a aucun, danger ! Prenez la liberté de reprendre le fil de vos pensées sur quand bon vous semblera. Oui, la liberté doit être de mise, l'entière, liberté.

 

à bientôt, Alain

 

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