Réponse sur deux lettres

Publié le par Alain Marc

 

La question de la lecture, de, par, avec, Écrire le cri, Florence, j'y reviens. Elle est, et je sais que vous le savez, point par point concomitante à mon traitement de la citation. Parfois et plus d'une, fois, c'est elle qui fait avancer le texte. Et cette question en appelle aussi une autre, qui est très peu souvent relevée, et traitée avec sérieux, je pense plus particulièrement à la question de l'écriture et de l'informatique. Cet essai n'existerait pas tel qu'il existe sans l'apport de l'outil informatique, et du "traitement" de texte. Son impact sur l'écriture, et pour ce qui nous occupe, sur la pensée, n'a à ma connaissance jamais été relevé en profondeur. Grâce à cet outil, qui peut être formidable si on sait l'utiliser, c'est-à-dire si on possède un recul, et une Vision, une citation peut être déplacée, positionnée, assemblée, mise bout à bout, avec une autre, des autres. C'est de là qu'est parti mon jeu sur le point, et la majuscule, qui si elle ouvrait ou non la citation, devait se retrouver dans la phrase annonciatrice, comme si la citation venait déborder sur le texte, et donc, la pensée. Ce que certains n'ont pas senti : ce jeu subtil entre le jeu sur la langue et le jeu sur le sens, ces quelques souvent issus du seul milieu universitaire, ou philosophique, trop attachés à leurs traditions, et habitudes. Je continuerais, et poursuivrais l'expérience. Sur avec le deuxième essai que je projette. Cela en augmente la complexité, ou en donne une complexité apparente, tout en créant des nouvelles voies et avancées dans la réflexion qui toujours doit avancer. Cela en même temps cache, et défriche, complexifie, et entrouvre, de nouvelles pistes. Un autre point non abordé, concerne mon utilisation de la virgule, au sein de la phrase, qui est une virgule rythmique (ça aussi, je le dois à ma découverte du travail d'Henri Meschonnic, où plus précisément, ce que cela m'a provoqué).

 

 

Ce n'est pas parce que je fais une distinction, que vous, critique, devez la faire de même. Au contraire, cela d'ailleurs, m'aidera peut-être... Il est vrai que nombre de points communs jalonnent les "deux" démarches, à commencer par les techniques internes employées (la coupe du vers, les majuscules, mots coupés et autres)

 

 

je n'ai encore publié dans ma démarche des poèmes à que ce texte fort social, qui ne montre que très peu ce que je nomme poésie « existentielle » et qui forge la plus grande partie des nombreux poèmes à qui le suivent et peut-être que ma distinction, et donc, le gommage que vous en effectuez, a à voir avec une peur en moi dans sa réception. Poursuivez votre intuition, Florence, développez là : c'est plus qu'intéressant.

 

 

C'est la première fois que vous me parlez vraiment de la Poitrine étranglée, même si ce n'est qu'en quelques mots, et cela me touche.

 

 

Je m'aperçois que je ne vous ai pas remercié pour vos derniers envois, et de l'article du Monde, et de mes envois perdus. Merci.

 

 

Je vous souhaite de bien passer les épreuves que vous m'entrouvrez

 

 

Ce que vous écrivez est beau, Florence, tellement beau, et j'en suis plus qu'heureux. Ce que vous écrivez sur l'écriture même, sur la mienne, et sur moi. Oui, Florence, je n'ai jamais dissocié vie et écriture. Je sais que la deuxième est foncièrement issue et dépendante de la première, comme la non réussite l'est de même. Je pourrais vous répondre point par point (surtout sur votre dernière lettre), souligner, relever afin de mieux appuyer, mais je sais que vous savez, vous aussi, quand vous êtes parfaite, parfaitement juste, et forte, et belle, et atteignez les mêmes sommets qu'atteint parfois autant que l'écrivain le critique : voyez Blanchot.

 

 

Alain

 

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