Je ne lis plus...

Publié le par Alain Marc

 

 

 

... je ne vous ai que peu et très mal répondu, Florence, je l'ai réellement mesuré ce matin alors que je relisais ce dernier courrier de vous. Je ne vous ai que très partiellement répondu sur votre question de ma lecture, ma façon de lire (et je cernais en cela ma période de maturation qui a précédée la forge d'Écrire le cri,

 

 

Peut-être aussi parce qu'aujourd'hui je ne lis plus.

 

 

absorbé totalement englué telle la glu, aussi bien dans mon projet, mon projet de vie et donc de l'écriture, de mon écriture, de ma vie tout court.

 

 

Je ne lis plus n'arrive plus à lire depuis longtemps - plusieurs années -, depuis que les ouvertures du monde se sont refermées à mes demandes, depuis que je me suis engagé ("engagé", est bien le mot, envers moi-même, déjà), pour avancer enfin dans mes écrits laissés en l'état d'abandon total depuis la mi-1992, date où j'ai décidé de suivre des études universitaires pour me sauver (une première fois). Je ne lis plus n'arrive plus à lire depuis longtemps - plusieurs années -, trop occupé dans mon esprit à mon devoir, à ce qui m' a semblé l'être, c'est-à-dire à écrire, à écrire vraiment et tirer un trait définitif sur cette réponse du monde qui n'est pas venue quand je l'attendais le plus. Je ne lis plus n'arrive plus à lire depuis longtemps - plusieurs années -, depuis que je n'ai plus rien à chercher, plus rien à chercher d'autre que la réalisation de ma propre écriture. Je ne lis plus depuis que je n'écris plus, depuis ce moment optimum où le grand vide et souffrance causée par, ne pouvait plus tenir (peut-être avant m'anéantir, tout compte fait), et que j'essaie, car j'essaie toujours, de m'y remettre.

 

 

J'ai pensé, chère Florence, rêvé même, que nous lisions tous deux à tour de rôle nos correspondances respectives en public et que nous avions belle audience. Je vous le dis, comme cela même.

 

 

Bernard Noël est à lire : tout (sauf un...). L'introduction que j'ai écrite en départ de notre entretien donne les titres de ses meilleurs livres (même s'il en a écrit d'autres également très importants depuis). Il se trouve que le petit essai que j'ai constitué sur son œuvre et avec quelques "inédits" ou raretés de lui ne trouve également

 

 

pas de solutions actuellement d'édition - c'est un comble ! (Alors qu'il m'a fait l'honneur de rectifier spécialement pour l'un des textes...). J'ai commencé pour ma part par la lecture de l'ouvrage paru chez Seghers dans la collection « Poètes d'aujourd'hui » et sa petite anthologie finale.

 

 

Je ne sais plus pourquoi j'ai pensé à cela ce week-end, après vous avoir lu, de vous envoyer par courrier postal le texte issu de la lettre manuscrite de dix pages que j'ai adressée à Bernard Noël, et qui fut à l'origine de l'action qu'il a menée pour les Regards hallucinés. Elle donne un bon point sur le parcours qui a été le mien depuis les tout débuts. Je vous l'envoie de ce pas.

 

 

J'ai aussi pensé mais ne le prenez pas comme une idée prétentieuse de ma part (j'ai parfois ce sentiment quand je repense après coup à certaines des paroles que je vous livre dans notre correspondance), j'ai aussi pensé que cette dernière vous faisait progresser, et vous ferait aussi avancer dans vos propres projets d'écriture - j'ai pensé à plusieurs points communs entre vos deux blogs et le fait que vous entriez dans mes écrits, déjà de par votre rejet de la bêtise humaine et des horreurs dont ce dernier se rend chaque jour coupable.

 

 

Sachez qu'elle - cette correspondance qui se poursuit -,  est devenue un élément incontournable de mes journées, et que de ce fait elle me fait moi aussi, bien

 

 

                                                   "progresser"...

 

 

à bientôt et avec la joie répétée à chaque fois de vous lire

 

 

, Alain

 

Publié dans correspondanSes

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