Du journal, des journaux, Répons

Publié le par Florence Trocmé

Je voulais te dire que j'avais lu le début de ton journal, où je te retrouve tel qu'en toi-même, tel que je te perçois, que j'aime beaucoup ces pages, que parfois je les trouve un peu elliptiques, que j'aimerais en savoir un peu plus… 

Je ne suis pas de ceux qui disent l'œuvre se suffit, je me fiche de la vie, je m'intéresse également, de manière égale et aussi intense, quand intensité il y a, à l'œuvre et à la vie. J'aime les correspondances, j'aime comprendre les passages, ce qui nourrit l'une de l'autre et l'autre de l'une. Ce qui est transmuté, ce qui est supporté de l'une par l'autre, etc. tout le jeu des corrélations, des correspondances, des Répons.  

Je trouve très intéressant ce que tu évoques, cette idée d'un journal trop plein dont Maurice Nadeau t'aurait détourné. Je me demande si je ne le regrette pas. J'entendais hier une émission où François Bon parlait du journal des écrivains disant que ce qu'il aimait c'était le mélange, le mélange du réel des détails et des idées. Tu m'as lue aussi parfois dans le vrai Flotoir, celui qui se déroule au fil du temps, nous avons parlé du problème des citations dans ce Flotoir, tu sais que j'aime mêler des choses très diverses.  

Sans doute parce que c'est de cela qu'en fait je veux rendre compte, par le moyen, tous les moyens de l'écriture, de la littérature, rendre compte du pluralisme des mondes et du croisement de ce pluralisme affolant et de la mort qui innerve tout, de l'entropie si tu préfères.  

Le rendre compte aussi, oui "compte", peut-être cela le métier de journaliste, ce regard quand il est vrai, quand il essaie d'être sans influence ou en tous cas d'être le moins possible (impossible bien entendu) sous influence  

Rendre compte donc de sa vie aussi, non pas parce qu'elle est intéressante en soi, non pas pour s'épancher, se plaindre, s'épandre, mais pour rendre compte d'une vie parmi tant d'autres, en relation avec un certain environnement et en réaction par rapport à cet environnement politique, économique, écologique, culturel, social, spirituel, intellectuel… où je reviens à ton idée de totalité, cette idée des débuts de ton journal de rendre compte de tout (à ce propos as-tu gardé quelques spécimens de cette approche, j'aimerais voir ce qu'il en est, quelques pages, quelques dates, comme ça, si possible).  

Florence

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