Ponts, publication

Publié le par Alain Marc

Merci, Florence, de votre belle lettre. Merci également de faire ces ponts qui font que nous pouvons nous connaître et nous écouter alors que cela n’aurait pas été possible sans ces derniers. Merci encore d’avoir intégré ma suggestion — je ne sais pourquoi mais j’avais un peu peur de votre réaction… Je me mets aussi, et me surprends, à vous écrire comme Bernard Noël me l’a appris, pas par pur mimétisme, c’est-à-dire en essayant d’enchanter chaque mot et phrase fussent-ils dans un échange épistolaire. Vous savez, j’ai le recueil frère tout prêt des Regards hallucinés qui est sous l’un de mes coudes. Il en est l’opposé tout en en étant sa continuité, c’est-à-dire en enfilant le même fil mais en le laissant partir à l’autre bout du réel. Il se nomme Poésies non hallucinées et n’ai, comme pour beaucoup d’autres de mes ouvrages, aucune solution d’édition pour le moment. Mais, parlant du moment, je pense que celui-ci viendra en son temps, quand les choses seront tellement mûres, et fortes, en moi, que je ne pourrai plus faire autrement que d’en trouver un (d’éditeur)… C’est ainsi que ce sont passées les choses, toutefois plus prononcées pour les deux premiers livres (et là j’ai soudain envie de vous dévoiler que mes Regards hallucinés devaient paraître deux ans auparavant dans la collection que dirigeait Bernard Noël à ce moment : tant pis, cela n’est à vrai dire pas si grave…).

 

Je connais la poésie de Béatrice Douvre par un mini dossier qu'a publiée il y a quelques années la revue ARPA. Voix d'encre a dû publier ses poésies complètes et oui, je trouve que c'est une voix forte. Tout en ayant senti la nécessité de poursuivre ma lecture afin de mesurer si la puissance ressentie s'amplifiait encore, ou non. Beau sujet, que d'essayer de mesurer la puissance des choses... Tout Écrire le cri. Je dois continuer mon travail coûte que coûte. Par exemple, ces deux travaux sur le cri dont le deuxième serait la suite du premier essai paru et qui me reste totalement à écrire à partir de mes notes et pensées critiques réactives de cette année de clôture d’Écrire le cri. Mais cela est dur… Je n’arrive pas à me détacher de ce besoin égocentrique de la publication, cette fin de phrase me rappelant soudain la belle conversation que j’ai eue avec et chez Franck Venaille pour l’entretien que j’ai fait paraître au sein d’Europe. Connaissez-vous son œuvre, magistrale ?

 

Je m'aperçois, mais le sais depuis longtemps, que l'acte de publication est un trajet douloureux pour moi à chaque fois. J'allais dire aussi douloureux que celui de l'écriture et pourtant cette comparaison me dérange car la douleur en est bien différente, déjà dans sa temporalité : douleur qui s'étire dans le premier cas jusqu'au moment ultime — plusieurs années après à chaque fois… —, de la rencontre enfin réussie avec l'Autre, l'éditeur le lecteur l'oreille enfin trouvée, douleur de l'élaboration de l'écrit dans le deuxième, entremêlée continuellement par la joie la plus intense de la réussite pressentie de son accouchement imminent. Dans le premier cas la joie est finale après une longue période de douleur intense, dans l'autre elle est continuellement enchevêtrée à la douleur tant que tout n'est pas arrivé à un certain stade de perfection — un point, une virgule ou une majuscule ou le mot entier le vers en, telle note ne s'écoulant pas harmonieusement entre celle qui la précède et l'autre qui lui succède.

 

Bien amicalement 

 

Alain Marc

 

 

 

 

 

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