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Pourquoi ne pas dévoiler la création, le long travail de l'ombre, avec ses interrogations, ses confrontations et ses confor- tations ?
Dimanche 11 décembre 2005

Bonsoir Alain, après une bonne séance de travail et quelques obligations , me voici enfin un peu plus disponible

 

Je ne sais pas bien par où commencer ou plutôt si mais ce n'est pas facile car d'une certaine façon ce que je vais vous dire peut paraître scandaleux. Mais cela m'est venu de nuit et vaut rêve pour moi. Nouvelle expression, valoir rêve, qui a surgi à plusieurs reprises ces derniers temps pour des bribes venues de nulle part, en tous cas de nulle part de la région consciente clairement consciente et qui soudain s'imposent.

 

 

CHAMBRE À GAZ voilà ce qui vaut rêve. Il m'a semblé tout à coup que vous aviez une origine là, c'est très difficile à expliquer, mais qu'il y avait une analogie par ce que vous […] et ce qui est arrivé aux enfants des juifs déportés : même disparition, même anéantissement par le gaz, même absence irrémédiable irréparable au cœur du cœur et du corps par le gaz...je ne peux guère aller plus loin ni retrouver toute l'évidence de cet équivalent rêve mais c'était une intuition nette et forte. N'est plus un équivalent rêve mais une association au sens strict du mot en revanche, la mort de Sylvia Plath dont l'œuvre je pense doit avoir fortement à voir avec le cri.

 

 

Vous m'avez parlé l’autre jour de ce parti que vous célébriez de donner beaucoup de place aux femmes sur Poezibao. Je le dois à mon amie Marilyn Hacker une rencontre essentielle très forte pour moi pour toutes sortes de raisons mais ce n'est pas de cela que je veux parler maintenant (hors l'exemple il est vrai essentiel et très important par la place que vous lui donnez, de Joyce Mansour) mais de la relative absence des femmes dans l'écriture du cri. Les femmes écrivent-elles peu le cri ou n'avez-vous pas rencontré les œuvres du cri chez les femmes, ce serait sans doute cela ma question.

 

 

Cela aussi, note du Flotoir, il y a un ou deux jours, en vous lisant (des Araignées… au CRI)

 

 

« C'est bien de ça qu'il s'agit, le très profond, le très obscur, le magma, le substrat de l'être individuel/collectif, ce salmigondis de beauté et d'horreur, d'abjection et de grandeur. Ce qu'on ne dira jamais assez, surtout aux enfants et aux jeunes, à quel point l'âme humaine est mêlée, et que pour devenir pleinement humain, il faut à la fois le savoir l'accepter et faire avec cela. Connaître son inhumanité pour ne pas la mettre en œuvre »

 

Parce que là, je crois que nous sommes au centre de votre travail, oui je dis travail, travail au sens de gésine, homme en travail comme on dit une femme en travail, accoucher de cela, naissance nouvelle par delà la blessure terrifiante infligée à la naissance (pas au sens de moment de la naissance mais au sens de acte de naissance, de venir au monde) infligée à son corps défendant bien sûr par celle qui vous a donné naissance.

 

 

Mais écrire le cri, n'est-ce pas vous le savez, c'est une utopie c'est l'horizon inatteignable, peut-être l'horizon inatteignable de toute écriture aujourd'hui après le désastre du temps présent, du XXe, siècle de la prise de conscience planétaire et de l'inhumanité à l'œuvre partout en chacun de nous et collectivement et de la faiblesse des moyens pour la contrer la transformer la transmuer, c'est une sorte de graal, ce qui ne veut pas dire que l'entreprise est vouée à l'échec mais que tentative, oui cela seul est possible, vecteur, direction vers le cri. Le cri comme trou noir de ce que vous cherchez c'est dire le très grand danger de votre entreprise dont vous êtes j'en suis certaine pleinement conscient. Il n'y a pas là tabou mais plutôt totem inversé (pour moi le cri est un creux) dont il est plus que risqué de vouloir s'approcher. Le cri est un gouffre au fond duquel (je le vois comme un puits sonore soudain) surgit en permanence ce magma dont je parlais plus haut salmigondis d'horreur et de beauté.

 

 

Une fois de plus Alain je suis partie dans de bien étranges directions en vous écrivant ;

 

mais je SAIS que vous me suivez quelle que soit la direction que j'emprunte et le mode de transport de même. ALORS, je continue.

 

 

Florence

 

 

 

 

 

Par Florence Trocmé - Publié dans : correspondanSes
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Samedi 10 décembre 2005

 

Je suis heureux que vous ayez bien pris ce message. Je ne peux vous cacher que j'avais une réelle appréhension (qui m'a fait préférer ouvrir le deuxième message de ce matin, avant votre réponse...). J'avais écrit ces mots il y a plusieurs semaines et me suis décidé, hier, à vous les envoyer. J'ai juste rajouter cette pensée à propos des regards. Oui le cri est là pour libérer, pour lever l'autocensure, la censure que l'on s'inflige à soi-même et qui nous em

 

prisonne

 

(c'est étonnant tout de même à quel point le fait de couper un mot, en fait ressortir encore plus la force qui le sous-tend). Et puis il libère aussi l'humour, dit des choses très fortes, laisse aller l'inconscient, et nous met en connexion directe entre nous, entre deux êtres.

 

— il y a beaucoup d'histoire de ce genre dans la littérature... de coucheries qui perturbent influent, l'histoire littéraire... —,

 

à bientôt et bon week-end.

 

Alain

 

Par Alain Marc - Publié dans : correspondanSes
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Samedi 10 décembre 2005

J'ai énormément de choses à vous dire, de questions en suspens à reprendre, qui me trottent dans la tête et dans le cœur.

 

Et puis, je me suis aperçue que sous prétexte de ne pas parler d'intime, je censurais souvent les petites choses du quotidien que j'ai ENVIE de dire, de partager avec vous comme elles me viennent : une lumière par la fenêtre, ma cocotte-minute toute neuve que je fais brûler, le message d'une amie. Désormais je dirais ce qui "me passe par la tête" (pourquoi cette connotation si négative sur cette si belle expression) quand je vous écris, c'est cela aussi l'amitié, avoir suffisamment confiance pour savoir que se partagent l'essentiel et le trivial qui pour moi ne l'est jamais, qui est si riche de sens, de vérité quand on sait le regarder et qui surtout fait tant partie de la vie.

 

Pour l'heure j'écoute ce Chostakovitch (5e symphonie) dont les deux notes de la fin du premier mouvement me poursuivent : la ré, la ré, la ré, cela revient, je sais d'où ça vient cette fascination, je vous la dirai mais je voudrais retrouver si je l'ai ici le livre extraordinaire de Groddeck sur la musique.

 

Je vais noter tout ce que j'ai à vous dire et peut-être le faire message par message, je ne sais pas encore.

 

Un vol d'oiseau noir sur des filaments de nuages et Chostakovitch en longues nappes bruissantes, d'autant plus saisissantes qu'elles sont en général suivies de masses sonores tonitruantes...; j'aime aussi ses préludes et fugues, ce n'est pas une écriture du cri mais ce serait peut-être une musique du cri (là aussi, il n'est pas forcément, il n'est sûrement pas là où on pense, dans les hurlements des divas de l'opéra - que je n'aime que très peu de façon générale - ; il serait dans l'effroi de Don Giovanni, il serait étouffé et terrible dans certaines pages de Schubert, et dans certaines chansons, oui, j'en connais peu, mais un tel appétit pour le sonore et les mots que là où ils s'allient, je suis)

 

Le petit livre rouge sur le cri est formidable [des Araignées... au Cri], je l'ai lu en entier hier soir. Il précise les choses qui sont de plus en plus évidentes pour moi avec ce résumé limpide "je n'écris pas sur le cri, j'écris le cri". J'ai beaucoup à dire soudain là-dessus.

 

J'accomplis les tâches du jour, notamment pour Poezibao et la maison...

 

à plus tard

 

Florence

 

 

Par Florence Trocmé - Publié dans : correspondanSes
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Vendredi 9 décembre 2005

Florence : . Comment dire cela autrement ? L'amour, en ce qui me concerne, n'a pas de consistance. L'amour que tout être a, avait, pour moi, s'est vite refermé. Privé, à jamais. Si bien que je n'entrevois que très brièvement à chaque fois que je le tente, ce que pourrait être ce que l'on appelle généralement sous "amour". Ce mot, qui rest

era

toujours pour moi imma

tériel

Ne prenez pas ces mots à la légère : ils ne le sont pas (légers). Mais ils sont aussi, un Jeu. Ou peut-être pas.

 

(Il y a un peu de regard halluciné

là-dedans

Oui, le recopiant, je le sens...)

Par Alain Marc - Publié dans : correspondanSes
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Vendredi 9 décembre 2005

J'ai donc terminé un premier passage en revue, sur mon grand cycle de poèmes à dire et à ("crier", ou "murmurer" : cela, ce sera pour les derniers... — ce "dire et à", en fait, est une astuce pour ne pas répéter ce mot de "cri" sans arrêt, afin d'éviter la caricature par trop facile...), passage en revue, qui m'aura pris plus d'un mois et demi.

Le mot d'ordre aura été du début à la fin, de voir, et balayer, de passer en revue, donc, tous les poèmes à dire, à crier et à murmurer qui pouvaient l'être, et de repousser à plus tard tout travail en profondeur qui s'avèrerait par trop long, quitte à revoir la structure, l'ossature, de chaque texte, afin d'en augmenter encore la puissance, à plus tard. Afin de mettre au point le plus gros de la structure d'ensemble de tous les textes, et veiller aux dernières fautes d'équilibre entre chacun des textes. Après, seulement après, le Grand Travail, pourra vraiment commencer (il me faudra alors, à ce moment là, vraiment "entrer" dans la peau de chaque texte...). Au cours de ce travail, j'ai parfois modifié très légèrement un titre, rassemblé deux textes en un seul recueil, mis l'un, avant tel autre, mais surtout, surtout, fixé les "...", de début et de fin, si caractéristiques de cette écriture, sur chacune des 1500 pages de l'ensemble. Ce qui fait un certain travail de manipulations informatiques... (Il faut néanmoins que je dise, qu'une première progression, et qu'un premier jet du rythme, en avait été jeté en grande partie, au début de cette année.)


Je suis tout particulièrement heureux d'avoir pu aller au bout, des derniers textes, qui nécessitaient l'incorporation d'éléments "étrangers", dont je garde encore le type sous silence...


Il s'est donc agit je parle là, après les Limites de la sexualité, sont enfin repoussées, des textes - je les donne dans l'ordre de leur retravail, mais je vais peut-être en oublier... — la Passion de vaincre, Monde & solitudes (qui prend la suite de Solitude), Chemins de sagesse, l'Art, ce chemin d'épanouissement, Recherches de Dieu, Questions de l'invisible, Principes de vie, Trois fins du combat — Riboulet, Schiele, Raynaud, Sexe et pouvoir, la Fin d'un siècle, et le Monde la vie.


Alain

 

Par Alain Marc - Publié dans : correspondanSes
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Vendredi 9 décembre 2005

 

Par exemple, il m'arrive de ne pas "sentir" un texte, ou telle partie de mon travail. C'est le cas pour ce que je nomme mes "nouvelles", ou "textes" [certaines], qui abordent le début du d'un, récit (toujours très bref). [...] mes Poésies non hallucinées, pour parler d'un livre que je vous ai envoyé, ou plutôt pour certaines. Ce recueil est un dur travail de reprises de textes anciens je dis, un peu à la manière du palimpseste. Il est aussi parfois dur, de lâcher, un texte, parfois pour de pures raisons sentimentales..., qui se rattache à un souvenir bien particulier, une mémoire un bout de, mémoire, alors que littérairement cela ne tient pas. Et puis tous mes textes sont écrits en de multiples passes, un peu comme le sculpteur, je dis souvent, qui polit et enlève telle couche, améliore tel angle.

 

Il y a aussi une question d'équilibre, à trouver, à chaque fois, tel texte ou poésie, à côté de telle autre. Un peu à la manière du nouvelliste, qui assemble n'assemble, que des nouvelles d'un même thème d'un même, trempe. (J'aime par exemple beaucoup le petit recueil Risibles amours de Milan Kundera, toutes sur le rire, ou plutôt : le risible, à chaque fois pourtant bien différentes l'une de l'autre (tout l'art est là : assembler le différent, creuser le trou le tendre au plus loin possible, sans aller trop loin, pour ne pas perdre justement, le fil.)

Non dîtes-moi.

Alain

 

ps _ mais j'ai soudain un vieux souvenir qui remonte, où dans mon enfance, grande toute petite, enfance, je devais dire — mais sûrement comme beaucoup, d'autres enfants —, le « patalon », comme je disais les phares "m'éclabouillent" — il n'y a JAMAIS, de hasard et retiens : cette fille, encore, à Paris 8, qui faisait son sujet de mémoire sur la langue qui fourche, les erreurs de langage,

 

et la folie.)

 

à bientôt

 

Par Alain Marc - Publié dans : correspondanSes
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Vendredi 9 décembre 2005

Je vais essayer de rattraper le temps (qui n'est pas "perdu").

  

 

— je commence à avoir là, un petit peu mal aux yeux avec l'écran de l'ordinateur, qui bombarde en permanence de ses électrons... —

  

 

Cela me permettra aussi de classer au fur et à mesure que je vous aurais répondu, et écris ce que j'avais noté devoir vous écrire. Je vais vous envoyer le tout, morceau par morceau, au fur et à mesure de leur écriture — je vais avoir tout mon temps ce soir, avec cette soirée entièrement à moi seul, et espère avancer à fond, et n'être pas trop fatigué avant d'avoir épuré le tout !

 

 

J'aime décidément beaucoup ce Claude Vigée (cela remonte déjà au mercredi 23 novembre...). Ce que vous m'en dites à nouveau, témoigne d'une grande profondeur et de perception de la vie. Alors oui, j'aime cette idée de "dialecte comme patois explosif" (tiens, je repense soudain à ce que j'ai retranscrit d'Antoine Raybaud dans Écrire le cri — la parole dégorgeante etc. ...), qui hoquette - moi qui travaille à retranscrire l'oralité, voilà qui ne peut que m'intéresser, au plus haut point... —, le bégaiement (j'ai rédigé une note à ce sujet dans le futur recueil, à écrire, de "nouveaux regards hallucinés" — comme Juarroz, j'ai pensé que j'écrirai peut-être plusieurs recueils de Regards hallucinés, comme il l'a fait avec ses Poésies verticales), parler "pour toucher les choses", les "conventions langagières", "l'épuisement à exprimer", les "origines nues du langages" (je reprends aussi bien ses paroles que les vôtres les annonçant), la proximité "toujours de la fureur". À méditer, encore et encore, et à relire, périodiquement, autant de fois que cela sera nécessaire (et productif).

 

 

C'est un beau cadeau, encore, que vous me faîtes en ce début de cette dernière lettre de samedi dernier (moi aussi je relis parfois plusieurs fois les lettres que vous m'adressez, et les imprime, les garde, les reprends quand je me mets à repenser à des mots de vous à moi. De vous à moi, surtout.) Mais je dois vous dire que j'ai aussitôt ressenti, lisant cette lettre, une extraordinaire sérénité ! Grand, très grand ! Je n'ai pas forcément envie d'y revenir, non pas, mais parce que. Étonné tout de même que vous me parliez de Bashung (et moi qui croyais que vous n'écoutiez que du classique !), et surtout, surtout, de ce grand disque qu'est son dernier. Que je m'écoute, quand je culpabilise d'être enfermé par dans, un vague à l'âme tenace, et ce, depuis trop de temps, sans encore avoir trouvé comment en sortir. En communion, donc. (Mais cela fait longtemps que je ne suis pas retourné à cette écoute.)

  

 

Je reprends ce soir : j'ai encore trop à vous dire, et aussi parce que

 

 j'aime vous écrire

 

 

Alain

 

Par Alain Marc - Publié dans : correspondanSes
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Samedi 3 décembre 2005

Alain, Alain, oui deux fois car c'est un peu comme si je vous appelais, m'installant pour enfin vous répondre, tranquillement. Bien sûr nous nous sommes écrit et des choses considérables. Mais c'est en quelque sorte un autre fil même si création et vie s'entremêlent de façon aussi serrée que dans une tresse au point que parfois les fils se confondent. Et c'est très bien ainsi. Je crois plus que jamais que ce sont la liberté et l'intuition qui doivent nous conduire dans notre échange, dans la construction de cette demeure qu'est notre échange. Une fois de plus je regarde le ciel, incroyable le ciel de chez moi, très haut, le couchant, un opéra chaque soir mais aussi parfois dans la journée et je pense à votre travail, avec ses blocs, ses tropes, ses masses, ses anthracites et ses lumières, sa densité son opacité et sa transparence ponctuelle. Qui est sans doute une visée.  

 

Et chercher cette vibration dont vous parlez dans une de vos toutes premières notes de Du m, ce que j'ai souligné d'emblée, car je rejoins entièrement cette idée de vibration. Je crois que quand la vibration s'amorce il faut la suivre se laisser aller sur sa vague épouser sa fréquence se laisser embarquer par le texte qu'on lit par celui qui vient sous la plume, par les mots qui sont là. Cela me fait soudain penser à la double nature de la lumière, onde et corpuscule, il me semble que nous en avons déjà parlé. Corpuscules seraient les mots qui ne vivent que par l'onde la vibration. Alors se pose la question cruciale et presque indécidable : d'où vient la vibration ?  Vous dîtes l'émotion, émotion moteur de l'énergie. Est-ce suffisant comme explication, je n'en suis pas sûre. Car il y a de la mauvaise émotion, de l'émotion de bazar, de l'émotion plaquée. Quel type alors d'émotion engendre la vibration, qu'est ce qui fait que oui on sait soudain que quelque chose vient qu'il faut laisser venir toujours ces mots de Bashung qui me hantent, d'autant qu'il les répète inlassablement et que cela leur donne une force incroyable, laisse venir laisse venir, lui dit l'impatience, je ne sais. Non laisse TOI venir, (et pas laisse-toi venir) ce serait cela, laisse TOI venir mais pas toi en tant qu'individu lambda qu'ego grossier et grossi par. Non toi en tant qu'une âme humaine je ne sais comment dire corpuscule atome dans la multitude infinie à la fois inutile et indispensable comme ce texte ces mots que tu vas laisser venir. Oui on peut dire avec certains que tout a été écrit. Je n'en crois pas un mot.  

 

Et je reprends cette première page et c'est un choc Alain parce que tout y est de ce que nous disons là depuis deux jours et là dans cette lettre que j'écris en suivant sans contrainte et censure le fil de ma pensée : ondes et corpuscules dans la note 4 que je n'avais pas relue avant de vous en parler (de l'onde et des corpuscules) et puis la grande page qui suit qui est une réponse à ma lettre d'hier. Un reflet de ma situation actuelle. Mais là dessus, là maintenant je n'ai pas envie de revenir. Plutôt piocher dans les messages, ce qui me saute aux yeux à l'oreille et au cœur tout en même temps.  

 

Vous m'avez posé mais je ne crois pas avoir répondu la question de la "défaillance". Dans mon esprit il s'agissait simplement d'évoquer ce qu'on appelle communément force majeure, maladie ou même tout simplement la mort, qui peut interrompre. Et j'avais peur soudain, je m'en suis ouverte à vous de vous voir  trop appuyer l'œuvre sur cet étai que je serais. Mais vous m'avez répondu et par la seule réponse qui vaille c'est que cette œuvre se fait et se fera envers et contre tout. Alors tant mieux si une chambre d'écho est là aujourd'hui (disons aujourd'hui c'est plus simple et c'est notre seule mesure Alain ce qui n'exclut évidemment pas une sorte d'engagement vous le sentez très bien j'en suis sûre) pour faire retentir résonner votre travail. Car ma toute petite expérience d'un retour sur œuvre si je peux tenter cette expression un peu étrange, d'aucuns diraient un feed-back mais je n'aime pas trop ce terme, précis cependant, montre à quel point c'est porteur et enrichissant. Non pas parce qu'un compliment serait nécessaire mais parce que l'on sait que l'on peut atteindre quelque chose chez l'autre que ces mots qui sont si singuliers dans tous les sens que l'on peut donner à ce "singulier" peuvent prendre sens ailleurs dans un autre for intérieur. Parfois un peu différemment, voir très différemment de ce que nous pensons en les émettant, mais ce n'est pas important il me semble.  

 

Écho oui cela me parait fondamental, mais un écho particulier car il s'est enrichi (n'est ce pas le propre de tout écho, la physique nous le dirait sans doute, avez-vous des informations là-dessus) de la matière de la densité de la nature du corps qui réémet le signal reçu. C'est cela l'auteur et le lecteur, et c'est aussi pour cela que c'est une aventure unique et fondamentale de pouvoir de temps à autre avoir un lecteur que l'on connaît, pas uniquement des lecteurs anonymes ; ces derniers émettent bien sûr un écho mais cet écho, il me semble, ne nous parvient pas. Il n'est pas perdu ne serait-ce que parce que souvent il repart vers d'autres en une sorte de chaîne de sens (un peu Poezibao, là, soudain) mais il ne revient pas à celui qui l'a émis. C'est une autre aventure.  

 

C'est donc cela une des raisons d'être de notre échange, un jeu d'échos, qui n'est pas autarcique, car il se nourrit aussi, nous le savons déjà, de tout ce qu'il y a autour, vies individuelles, singulières mais aussi appartenance à.  

 

Ne dites-vous pas justement quelque part d'un message "il a porté à mon for intérieur un écho".  

 

La petite lampe sur mon bureau est vraiment une réussite, si simple si bête. Halo pour un écho, Alain  

 

Florence

 

Par Florence Trocmé - Publié dans : correspondanSes
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Jeudi 1 décembre 2005

Je meure d'envie de vous écrire, tranquillement, de reprendre ce fil si important, c'est vrai qu'il courre même lorsque nous ne nous écrivons pas, mais tout de même.  

 

J'ai bien sûr comme toujours lu et relu votre lettre. Dès qu'une arrive, je l'imprime ce qui me permet de la lire sans la contrainte de l'ordinateur allumé, perdue au milieu du reste de la correspondance. Je lui donne ainsi un statut particulier, celui au fond d'une lettre à l'ancienne manière, d'une lettre postale en quelque sorte. Que l'on garde avec soi, que l'on peut reprendre, où l'on peut vérifier quelque chose.  

 

Florence

 

Par Florence Trocmé - Publié dans : correspondanSes
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Lundi 28 novembre 2005

 

Avez-vous vu Florence ce magnifique film de Peter Watkins (il date de 1973 et est repassé il y a quelques mois à Beauvais) ? Superbe, aussi bien dans sa forme (répétitive, qui avance en reprenant constamment), que dans son propos : la vie de Munch et la maladie, de sa famille de nombreux êtres proches qui décèdent à tour de rôles (le sang est constamment présent et "crève" l'écran — ce qui éclaire tellement l’œuvre), et l'habile exégèse de sa peinture, constamment, également, entremêlée, avec la dénonciation plusieurs fois répétée de la censure que Munch a subie toute sa vie (en réussissant néanmoins à exposer dans plusieurs pays d'Europe, même si les attaques constantes ont du être plus que dures à surmonter...).

  

J'ai beaucoup aimé, Florence, votre poème « touches touches / clavier notes / ... » autour de Scelsi. Grand et fort beau texte : oui, vraiment. À ne surtout pas publier pour le moment, ou alors, que dans une très bonne revue ! Je n'ai d'ailleurs pas pu résister à l'envie, depuis que vous m'en avez parlé (la première fois c'était lors de notre rencontre du 1er juillet), d'écouter ce compositeur (même s'il se défend de ce mot), et en suis ressorti fasciné. Écoute à poursuivre.

 

Mais avant ce cadeau (peut-être connaissez-vous déjà cela mais je cède à la joie, si tel est le cas, de vous les redire) :  

  

« pas de Connaissance   

   sans Transfiguration   

   pas de Transfiguration   

   sans Connaissance »  

  

(remarquez les majuscules...) 

 

et  

 

 « mais tout   

   recommence   

   parmi les ombres   

   où les portes   

   s'ouvrent   

   à l'envers   

   jusqu'au nouveau déséquilibre   

   et encore... »

  

Ses deux suites pour piano (9 & 10 de 1953-54) sont dignes des Klavierstücke et de Mantra de Stockhausen.

  

Comme j'ai beaucoup aimé également, votre note de lecture Ancet-Droguet « Deux heures de matin » du Flotoir, toute emplie de sensibilité, note qui aurait peut-être mérité de figurer dans Poezibao, ou tout du mien d'y être clairement indiquée.

  

Tout cela pour dire, Florence, que je vous remercie à mon tour grandement

  

Alain

 

Par Alain Marc - Publié dans : correspondanSes
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Description

CorrespondanSes

Alain MARC
Florence TROCMÉ

 

Publier progressivement en anti-datant à leur jour d’écriture les lettres que nous jugeons significatives. Retoucher, supprimer si.  Se donner le droit mutuel de retravailler chacun son texte. Publier également la toute dernière correspondance en temps réel. Montrer ce que peut être une
correspondence in progress
  

  

Pour profiter pleinement de l'échange le mieux est peut-être encore de sélectionner
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de se positionner à la fin et de lire "à l'envers"

  

       

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